lundi 18 octobre 2010

L'apprenti dictateur (épisode 0 + 1)

Il y a eu, dans un passé que la Troisième République avait souhaité faire oublier, et pour cause, un Président de la République qui s'était senti pousser des ailes, et pas n'importe quelles ailes : celles de l'aigle impérial. Le seul président de la Deuxième République, le Prince-Louis Napoléon Bonaparte, a été élu en 1848 pour un mandat de quatre ans. En 1852, au lieu de rendre le pouvoir, quitte à se présenter pour un second mandat, le Président Bonaparte s'est imposé pour dix ans, suite à un coup d'état resté célèbre. De là à rétablir l'Empire, il n'y avait qu'un pas, il fut franchi et les français, à l'époque, l'approuvèrent (même si on peut discuter les chiffres). Depuis quelques temps, il est question de ramener les cendres de la famille impériale (Napoléon III, l'impératrice Eugénie et le prince impérial, Napoléon IV). Je n'ai pas d'opinion arrêtée sur le sujet mais ailleurs, le débat est houleux entre les pour et les contre.
Beaucoup plus près de nous, bien trop près, un Président de la Cinquième République voudrait caresser des ailes du même genre. L'idée peut paraître surprenante (ou incongrue) mais des analogies sont trop nombreuses pour n'être que des coïncidences :
  • Lors de son investiture, ce n'est pas la Marseillaise que la Garde Républicaine a interprété devant Nicolas Sarkozy mais la marche consulaire (Du consul Napoléon Bonaparte)
  • La littérature napoléonienne s'est mise à fleurir dans les librairies de façon fort étonnante. Des rapprochements, des comparaisons et des études visant à mettre en parallèle la politique du président avec celle du consul cité plus haut deviennent franchement explicite. Le seul élément rassurant dans cette histoire, c'est que les deux derniers empereurs qui ont régné sur la France (les deux Napoléon, le I et le III) ont fini leur existence en exil. Le fameux avion présidentiel, qui a fait couler beaucoup d'encre, aurait-il été acheté pour cet ultime voyage? Ce serait donc de la prévoyance?
  • Le mythe de l'homme providentiel est une marche indispensable vers le trône. Certains la franchissent, d'autres non. Le général de Gaulle, quoiqu'on en pense, avait une autre envergure, un prestige et un passé plus glorieux : cette marche-là, il ne l'a pas gravie. Il est même parti, en 1969, suite à un référendum où il avait mis sa place dans la balance.
  • Dans un message précédent, j'ai parlé des différents types de droite (rappelez-vous : légitimiste, orléaniste et bonapartiste) Nicolas Sarkozy voudrait mettre en place un gouvernement autoritaire (de type bonapartiste, donc) mais il oublie que la constitution précise que la France est une république laïque, sociale et démocratique. Si les français rejettent sa politique, il est vain de vouloir l'imposer.
  • Ce n'est plus un président qui siège à l'Elysée : c'est un paon qui aime se pavaner, se veut omniprésent, touche à tout et menteur qui loge chez la Pompadour (Le palais de l'Elysée, autrefois hôtel d'Evreux, était la propriété de cette courtisane).
Les journalistes évoquent depuis quelques temps une personnalisation de l'exécutif. La Cinquième République se comporte déjà comme une monarchie quinquennale, il ne manque plus qu'un déclic, une glissade, pour qu'elle accouche d'une régime où la Nation n'aura plus qu'un seul droit : se taire. Il n'est même pas certain que les électeurs soient appelés encore aux urnes, même pour dire « Amen », dans un futur proche. Ainsi, à défaut d'une « royauté républicaine » qui prépose l'établissement d'une véritable démocratie avec implication des citoyens dans la gestion des affaires publiques, la France serait soumise à un « Nicolaon Zéro, empereur de l'UMP ».
Pour éviter que ces tentations deviennent des réalités, il faudrait murer la galerie d'Apollon, au musée du Louvre : c'est là que sont conservés les joyaux de la couronne de France (ou ce qu'il en reste, car ce n'est que de la verroterie : la république a vendu les pierres précieuses et les a remplacées par des cailloux). Charlemagne était allé se faire couronner Empereur d'Occident par le pape de l'époque, il est fort heureux que notre président, lors de sa visite au Vatican, ne se soit pas souvenu de l'anecdote (très scolaire). On n'échappera pas au reste, mais ça, au moins, on ne le verra pas!
La tentation est forte, très forte. Il existe une caricature de Daumier, datant du XIXème siècle, qui a pour titre « la tentation ». Ce dessin est consultable sur internet sur un site consacré à Talleyrand mais non libre de droits. Je ne peux donc le reproduire, le lien ci-dessous vous aidera.
On y voit des personnages présenter une couronne à un prétendant qui fait mine d'hésiter. L'hésitation n'est qu'un décor de carton-pâte pour une mascarade qui est ancrée dans une réalité palpable. Et c'est là que les analogies deviennent des faits.
  • Sous les auspices de l'ancien mentor de notre président, je veux dire Edouard Balladur, et sous couvert d'une modernisation des institutions, la constitution a fait l'objet d'une remise à niveau en 2008. Heureusement que le « ministre éternel de la culture », comme l'appelle Laurent Gerra, a donné sa voie (contre une promesse non tenue) sinon le projet ne passait pas. Parmi les améliorations (ou prétendues telles), figure la procédure accélérée qui a été bien pratique pour passer le projet des retraites en force à l'Assemblée Nationale (devenue pour l'occasion « chambre d'enregistrement ».)
  • Le Sénat a adopté, en un temps record (4 jours), la seconde loi « d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure » dite Loppsi II. Un « fourre-tout  » incroyable, qui traite de tout : Roms, terroristes, pédophiles, détectives, vidéo-surveillance, ventes à la sauvette, ou peines planchers. Cette loi est un fatras de 48 articles, des dispositions, tantôt d’affichage, tantôt dangereuses, présentées comme les nouvelles garanties indispensables à notre démocratie contre la nouvelle délinquance ou les menaces terroristes. Vendredi 10 septembre 2010, après quelques hésitations en commission des lois, rapidement contrecarrées par l’Elysée, la loi a donc été adoptée par les sénateurs, dans une version conforme aux souhaits présidentiels.
  • Je passerai sur les tribulations autour d'un autre texte dont la stupidité est sans égale : la loi Hadopi. Au départ, elle n'est pas passée car personne n'en voulait. Elle a fini par être votée, en catimini, comme c'est souvent le cas. Elle aura pour particularité de coûter plus cher que ce qu'elle sera supposée rapporter, sans parler du reste.
  • Très certainement pour garantir à la diffusion de l'information, par les chaînes de la télévision publique, une indépendance logique et démocratique, la loi organique qui précise la liste des nominations dévolues au chef de l'état inclut désormais les présidents des chaînes suscitées. Normalement, si le concept de démocratie n'était pas à ce point ignoré par ceux qui prétendent agir en son nom, le personnel choisirait lui-même ses dirigeants. Or, dans les magasins républicains équipés de vitrine démocratique, ce n'est pas ainsi que l'on conçoit les choses. La démocratie, on ne la conçoit pas, on s'en fout!
  • Le plus bel exemple de la politique autoritaire et de la dérive bonapartiste de l'exécutif, avec une légère tendance à la personnalisation de la fonction de Président de la République, avant le prochain (qui ne saurait tarder) est la façon dont la réforme des retraites est menée. On ne dialogue plus, on ne communique plus non plus, sauf par spots publicitaires télévisés qui ressemblent à de la propagande (donc mensongère) on promet d'expliquer mais on ne le fait pas et surtout, on prend les électeurs pour des imbéciles. Nous avons donc, d'un côté, la population qui fait grève sur grève et manifeste deux à trois fois par semaine selon les villes dans des cortèges impressionnants, et de l'autre un gouvernement qui reste sur ses positions et qui prétend (sans rire) que le dialogue est toujours resté ouvert.
Le Président de la République ne respecte pas le peuple qui l'a élu, le mandat qui lui a été confié, la constitution qu'il enfreint continuellement et la démocratie dont il se moque. S'il veut jouer les apprentis dictateurs, qu'il le fasse, mais ailleurs (en simulateur, par exemple, avec un jeux sur PC et en réseau, ce qui lui permettra de vérifier si les autres joueurs n'ont pas téléchargé illégalement leur version, tout ça dans le cadre de la loi Hadopi.)
Monsieur le Président, les français vous prient, sinon de rétablir la démocratie, du moins d'en respecter les principes de bases communément admis. Vous constaterez qu'un climat de confiance et de dialogue permet toute les avancées sociales possibles : mais il faut y mettre les formes, avec sincérité...

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