lundi 19 mars 2012

Qui parraine qui? (6ème partie)

Marine Le Pen aura-t-elle ses 500 parrainages pour se présenter à l'élection présidentielle ?
La question divise les partisans d'une démocratie exemplaire. Dimanche, François Bayrou a lancé l'idée d'un coup de pouce à la candidate du Front national, au nom du « contrat démocratique français ».
Nous avons voulu savoir comment cette proposition du président du MoDem était perçue par les maires sans étiquette déclarée de notre secteur.
  • Aimé Duquenne (Gruson). « J'ai été sollicité, mais je ne donnerai pas ma signature. Notre tendance (NDLR : le maire parle au nom de son conseil) sera représentée, je ne vois pas pourquoi je parrainerais quelqu'un d'autre ! Quant à Marine Le Pen, avec 17 ou 20 % de voix, on ne peut pas être en tête. Si elle dit des choses qui peuvent s'entendre, de toute façon, ce n'est pas un parti qui puisse gérer la France. »
  • Philippe Delcourt (Bachy). « À Bachy, le FN a fait 17 %, c'est sûr que c'est un peu gênant s'il n'est pas représenté au premier tour. Mais en même temps, 17 %, ça ne fait pas une majorité. Je trouve qu'on devrait laisser tomber le système des 500 signatures, et lui préférer un examen de compétences. Ça écrémerait tout aussi bien. Pour le parrainage, je viens de recevoir ma 16e demande. Je ne donnerai pas ma signature, car j'ai été élu par le conseil et qu'à ce titre, je l'engage. Or, mes conseillers sont de tous bord et ne voulaient pas que je parraine. En 2007, l'ancien maire s'était engagé à ne pas parrainer, suivant en cela l'avis de son conseil, mais il l'a fait en catimini, pour Besancenot. pensant que cela ne se saurait pas. Ça a jeté un très grand froid. »
  • Pascal Zoute (Chéreng). « Je reste neutre et je ne parraine personne. Marine Le Pen ? Cela ne me concerne pas ! »
  • Damien Castelain (Péronne-en-Mélantois). « Ce serait anormal, oui, que Marine Le Pen ne puisse pas se présenter. Mais lui donner un parrainage n'est absolument pas envisageable. Cela ne correspond pas du tout à mes valeurs, c'est très clair et sans langue de bois. »
  • Jacques Ducros (Sainghin-en-Mélantois). « Je trouve dommage que l'on demande leur avis à des maires pour un sujet comme celui-là. Nous, nous sommes dans le cadre d'une démocratie locale. J'ai été élu sur une liste apolitique. Je ne connais pas les opinions des conseillers municipaux. Mon combat, c'est celui de la commune et de l'intercommunalité. Je n'envisage donc pas de donner ma signature à un candidat. Marine Le Pen a eu tort de dire que les parrainages n'étaient qu'une formalité administrative. À mes yeux, c'est au contraire une démarche politique, la reconnaissance qu'un candidat est légitime pour se présenter à l'élection présidentielle. »
  • Jean-Paul Béarez (Louvil). « J'ai été sollicité à plusieurs reprises, mais je ne donnerai ma signature à personne. Ici à Louvil, nous sommes une commune apolitique. Pour le reste, il y a une règle et elle doit être respectée. Elle évite peut-être qu'il y ait trop de candidats. De toute façon, il serait surprenant que Marine Le Pen n'ait pas ses signatures. »
La chasse aux signatures embarrasse souvent les élus, très sollicités par les aspirants candidats.
Les candidats à l'élection présidentielle ont jusqu'à 18h00 vendredi pour déposer les 500 parrainages leur permettant de se présenter. Pour de nombreux élus, c'est la fin du casse-tête. Très sollicités ces derniers mois, certains en ont assez de l'insistance des candidats.
"C'est lourd".
La maire d'Etchebar, dans le pays basque, l'admet au micro d'Europe 1 : "c'est vrai que c'est lourd". "Je suis agricultrice donc vous pouvez être avec les vaches, sortir du fumier ou autre et ils arrivent comme ça, sans prévenir. Vous trouvez cinq, dix messages sur le répondeur de la même personne", raconte Nathalie Irigoyen.
90% des maires sans étiquette.
La décision de parrainer un candidat peut aussi entraîner des ennuis au niveau local, sachant que 90% des maires de France sont sans étiquette. "Dans l'équipe municipale, certains pourraient être gênés et me dire : 'Francis, là tu ne respectes pas le deal que nous avons entre nous, pour ceux qui ne seraient pas du bord que je soutiendrais", estime Francis Delrue, maire de Baisieux, dans le Nord.
"On vous fait des remarques".
Georges Poncelet, maire d'Urschenheim dans le Haut-Rhin, connaît le problème. En 2007, il avait donné sa signature à Arlette Laguiller. "On vous fait des remarques lors de réunions : 'toi tu es à gauche, ou extrémiste, ou révolutionnaire'. On vous met une étiquette, donc ce n'est pas la peine", explique-t-il à Europe 1. Du coup, pour cette élection, personne n'a obtenu ses faveurs. En 2007, 60% des élus n'avaient parrainé personne.
Parrainages : les maires du Douaisis préfèrent le plus souvent s'abstenir.
Les candidats à l'élection présidentielle ont jusqu'à ce soir 18 h pour déposer leurs 500 signatures. Contactés par téléphone, des maires du Douaisis affirment avoir été démarchés par (presque) tous les postulants à la plus haute fonction de l'État. Mais près de la moitié a refusé d'accorder son parrainage. Décryptage.
1 Les raisons du refus Pour la neutralité. Numériquement, ceux qui n'ont pas donné leur parrainage sont des maires qui ne sont pas encartés. Leur conseil municipal est souvent composé d'élus de tous bords politiques, ou peu politisés. Pour plus de sérénité au sein de l'équipe, parce que leur « devoir est de servir tout le monde » et avant tout la commune, ils s'abstiennent de participer au processus de sélection des candidats. C'est l'argument évoqué, par exemple, par Jean-Luc Detavernier, maire d'Aix-lez-Orchies, ou Patrice Bricout de Warlaing.
  • Par principe. Jamais au cours de leurs mandatures, ils n'ont donné leur parrainage. Une façon de marquer leur « indépendance » vis-à-vis des partis politiques ou de contester ce mode de sélection pour la présidentielle. Lionel Courdavault, maire de Roost-Warendin, est de ceux-là.
  • Par pragmatisme. Les maires, estimant que les candidats qu'ils soutiendraient n'ont finalement pas besoin d'eux pour être officiellement éligibles, ne la donnent pas. À l'instar de René Ledieu, maire d'Esquerchin, qui affirme n'avoir jamais parrainé personne en 31 ans de mandat.
  • Par peur de l'amalgame. Pour les maires de Cantin ou Wandignies-Hamages par exemple, le parrainage est un acte républicain qui devrait permettre à toutes les composantes politiques d'être représentées à cette élection. Parrainer ne signifie pas pour eux « soutien » à un candidat.
Craignant la confusion, ils s'abstiennent.
2 Mélenchon, candidat favori En revanche, la plupart des maires qui ont parrainé l'ont fait, au contraire, par soutien et adhésion politique. Un peu comme un vote dans l'isoloir avant l'heure. Dans l'est du Douaisis, un grand nombre de maires étant communistes, il n'est pas surprenant que Jean-Luc Mélenchon pour le Front de gauche arrive en tête. Ceux-là, comme d'autres élus bien identifiés politiquement, du PS à l'UMP, ont été souvent moins sollicités.
3 Petits candidats cherchent parrains Sollicités, les maires des petites communes ? « Oh que oui », répondent-ils. Mails, courriers, démarchages téléphoniques, visites de délégués en mairie ou à leur domicile. Ils ont reçu des demandes de quasi tous les postulants à la présidentielle. Jacques Cheminade (Solidarité et progrès), Frédéric Nihous, Christine Boutin ou Hervé Morin (avant leur désistement), Philippe Poutou du NPA, Corinne Lepage (Cap 21), Nicolas Miguet, sont de ceux-là. Mais aussi Marine le Pen (FN), Nicolas Sarkozy (UMP), Eva Joly (EELV), François Bayrou (Modem), ont demandé un parrainage.
Avec 46,9 % de refus de parrainage, on arrive à un paradoxe : les « petits » candidats sont finalement boudés par les maires des petites communes qui auraient pu être leur planche de salut.
Parrainages. Les maires du pays de Morlaix ont fait leur choix.
Ceux qui rêvent de l'Elysée ont jusqu'à vendredi 16 mars, 18h, pour déposer les 500 parrainages indispensables pour être candidat à l'élection présidentielle. Sollicités, les maires de l'arrondissement de Morlaix ont moins parrainé qu'en 2007.
Hollande devant Sarkozy. Parmi les 60 maires de l'arrondissement de Morlaix, dix ont parrainé le candidat socialiste François Hollande, contre 13 pour Ségolène Royal en 2007. Nicolas Sarkozy a reçu quatre soutiens, soit six de moins qu'il y a cinq ans. Alors que trois petits candidats avaient été parrainés en 2007 (Besancenot, Voynet et Bové), aucun n'a eu - publiquement - cette chance cette année.
Moins de parrainages qu'en 2007. 38 maires ont refusé de parrainer un candidat cette année, contre 30 il y a cinq ans. Cette «peur» de s'engager s'explique par la volonté de ne pas faire de vagues au sein de conseils municipaux où les tendances politiques sont diverses.
Forcing jusqu'au dernier moment. Certains candidats n'ont rien lâché pour obtenir les précieuses signatures. À Tréflaouénan, par exemple, André Seité a été démarché par les équipes de Marine Le Pen «pas plus tard que vendredi dernier». Dominique de Villepin et Corinne Lepage ont également fait le forcing ces derniers jours.
Un système à modifier? Certains maires comme Louis Fagot (Guimiliau) souhaiteraient un anonymat des parrainages, «car l'interprétation qui en est faite peut être gênante». Du côté de Mespaul, Jacques Moal estime que ce système «n'est pas le bon car pas assez démocratique.»
Le canton de Plouzévédé reste muet. Sur les quatre maires qui n'ont pas donné suite à nos sollicitations, trois sont issus du canton de Plouzévédé: Gérard Daniélou (Cléder), Viviane Pluchon (Plouzévédé) et Marie-Claire Hénaff (Saint-Vougay). Maire de Saint-Jean-du-Doigt, Hervé Quéméner n'a pas non plus répondu à nos appels.
Le cas Mazurié. Comme il y a cinq ans, le maire de Saint-Servais, Laurent Mazurié, souhaitait parrainer un petit candidat par tirage au sort. Non autorisé à le faire en public par le Conseil constitutionnel (Le Télégramme du 25février), il n'a pas souhaité dévoiler le nom du successeur de Christine Boutin (2002) et Olivier Besancenot (2007).
Ces «anciens» maires qui n'ont désigné personne...
  • Guimiliau (L. Fagot) : «Si ça avait été anonyme, je l'aurais sûrement fait».
  • Ile-de-Batz (G. Cabioc'h): «Je n'ai jamais parrainé, ce n'est pas maintenant que je vais commencer».
  • Landivisiau (G. Tigréat) : «Si je n'avais pas été en convalescence, j'aurais parrainé le président sortant».
  • Lanhouarneau (E. Pennec) : «Je ne veux froisser personne, je souhaite continuer à travailler sereinement ».
  • Le Ponthou (J.-P. Minec) : «Quand j'étais candidat aux cantonales, je n'ai pas demandé de parrainages, donc là je n'en vois pas l'intérêt ».
  • Loc-Eguiner Saint-Thégonnec (F. Raoult) : Il faudrait imaginer un autre système, celui-ci ne marche pas».
  • Locquénolé (G. Pouliquen) : «Je n'ai jamais parrainé. C'est trop politisé par rapport au fonctionnement des communes».
  • Mespaul (J. Moal) : «Je n'ai jamais parrainé personne, je ne trouve pas ce système démocratique du tout».
  • Plougasnou (Y. Tanguy) : «Je respecte les tendances variées de mon équipe».
  • Plougoulm (J. Berrou) : «Je n'ai jamais donné et je ne donnerai jamais. Je n'ai eu que cinq sollicitations».
  • Plounéour-Ménez (E.Géréec): «Aucun candidat ne parle de ruralité donc aucun ne mérite mon parrainage. »
  • Plounéventer (P. Héraud) : Je suis apolitique et je veux garder l'unité dans la commune».
  • Plourin-lès-Morlaix (J. Brigant) : «Le papier est resté sur mon bureau. Je soutiens Hollande. Il a assez de parrainages».
  • Roscoff (J. Seité) : «Je ne veux pas mettre qui que ce soit en difficulté sur ma liste». Saint-Sauveur (J. Billon): «Je ne veux pas prendre position en tant que maire, je n'en vois pas l'intérêt».
  • Taulé (A. Hamon) : «Une volonté de rester neutre ? Oui, si on veut».
...et ces «nouveaux» qui ne l'ont pas fait non plus
  • Bodilis (A. Moysan) : «J'ai mes convictions, mais je ne veux pas être marqué politiquement».
  • Botsorhel (M. Quéré): «J'ai mes convictions, mais je n'avais pas envie de parrainer».
  • Garlan (J. Irrien) : «Vis-à-vis de mes colistiers, je ne prends pas le droit de parrainer».
  • Henvic (C. Micheau) : «Il y a des sensibilités diverses au conseil. Or, ce choix doit être représentatif de sa tendance».
  • Lampaul-Guimiliau (J.-M.Puchois) : «J'ai hésité un moment, mais sans savoir vraiment qui parrainer».
  • Lannéanou (M. Beuzit): «Dans une petite commune, on ne fait pas de politique».
  • Locmélar (R. Kerambloc'h) : «Je n'ai pas encore fait mon choix. Je me garde le choix de parrainner un petit candidat au dernier moment».
  • Locquirec (G. Guyomarc'h): «Issu d'une liste diverse, je ne me sens pas apte à me décider».
  • Plouégat-Moysan (F.Girotto) : «Je ne parraine personne pour ne pas créer de polémique inutile».
  • Plouénan (A. Chevaucher) : «Les leaders n'ont pas besoin d'un maire rural».
  • Plouescat (J. Le Duff) : «Je ne considère pas avoir de choix à faire, bien que j'ai été beaucoup sollicité».
  • Plougar (M.-F. Mingam): « Je trouve que d'autres choses sont plus importantes à l'échelle de la commune».
  • Plouigneau (R. Le Houérou): «Je préfère me limiter à la gestion communale».
  • Plounévez-Lochrist (G. Bernard) : «Beaucoup sollicité, je respecte la pluralité de ma liste».
  • Plouvorn (J.-C. Marc) : «Je respecte tout le monde sur ma liste apolitique».
  • Saint-Derrien (G. Riou) : «Dans les petites communes, on est sans étiquette».
  • Saint-Pol-de-Léon (N. Floch): «Vis-à-vis de mon équipe qui est multi-confessionnale, je n'ai pas de position à avoir».
  • Sainte-Sève (G. Michel): «S'il avait manqué de voix, le candidat PS aurait eu mes faveurs».
  • Santec (B. Le Pors) : «Il faut savoir ne pas prendre le bâton pour se faire battre».
  • Tréflaouénan (A. Seité): «Je n'avais déjà pas pris partie lors des cantonales ».
  • Tréflez (F. André) : «Ce n'est pas aux maires de désigner les candidats. Je ne me voyais pas prendre partie».
  • Trézilidé (D. Philippe): «Je n'ai pas été élue pour faire de la politique, mais pour défendre les intérêts de la commune».

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