mercredi 28 mars 2012

La République sociale et démocratique est-elle une farce? (1ère partie)

« Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte est un ouvrage de Karl Marx écrit en 1852 qui traite du coup d'État du 2 décembre 1851, par lequel le futur Napoléon III a pris le pouvoir en France et instauré le Second Empire. Il s'intitule Le 18 Brumaire en référence au coup d'État du général Bonaparte (Napoléon Ier) qui, lui, renversa le Directoire le 9 novembre 1799, soit le 18 brumaire an VIII selon le calendrier révolutionnaire : ce coup d'État avait instauré le Consulat puis le (premier) Empire. Marx parle du coup d'État de 1851 comme de la « deuxième édition du 18 Brumaire ». Reprenant Hegel, il affirme au début de son livre : « tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois […] la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce ». Cette remarque place clairement son livre dans une perspective critique, à une époque où paraissent aussi Napoléon le Petit, de Victor Hugo, et Le Coup d'État, de Proudhon.
Cet ouvrage s’inscrit aussi dans la prolongation de Les Luttes de classes en France (1850). Il reprend une grande partie des théories de cet ouvrage notamment l'idée que la République est l'outil ultime de domination de la bourgeoisie. « A la monarchie bourgeoise de Louis-Philippe peut seule succéder la république bourgeoise. Autrement dit : si, au nom du roi, a régné une partie de la bourgeoisie, c’est désormais au nom du peuple que régnera l’ensemble de la bourgeoisie. » Il mène l’analyse de la période allant de 1848 à 1851 sous l'angle de l’antagonisme de classe. » (wikipedia)
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Ces périodes de campagne électorale sont propices à réfléchir sur ce genre de question : la République, telle que nos politiques nous la concoctent, ne serait-elle rien d'autre qu'une farce, un attrape-nigaud ou un leurre ? Et lorsque nous les voyons défiler sur le petit écran pour défendre, tous partis et toutes tendances confondus, la République et ses valeurs, est-on sûr qu'ils ne parlent pas d'autre chose ?
Je me pose une simple question, d'ordre logique, toute aristotélicienne, une question de base qui peut s'énoncer comme suit :
  • Ils défendent la République (le concept, rien d'autre) avec un enthousiasme suspect comme s'ils y avaient quelque chose à gagner (à part les élections),
  • Dans nos contrées dites occidentales sur lesquelles règnent en maîtres absolus et libéraux les dieux de l'argent, de la bourse, des profits, de la compétitivité and so on, quand on a quelque chose à gagner, cela se calcule en euros (il n'est plus question de gagner sa place au Paradis, ou en considération, en transparence),
  • La république est-elle alors un moyen de subsistance, un métier qu'on exerce (pour gagner sa croûte, ou de la brioche, lorsqu'on voit le montant de la retraite de certains agnosognosiaques ou simplement une tire-lire qu'on ne partage sous aucuns prétextes ?
Remarquons au passage que les américains, lorsqu'ils partent en vacances avec des bagages armés dans quelques destinations exotiques, ils y vont pour y installer des démocraties et non des républiques, avec le succès que l'on sait. République et démocraties peuvent avoir des sens équivalents, surtout lorsqu'il y a du pétrole à la clé.
Dans ce coin-ci de la vieille Europe, au pays des lumières (dont l'ampoule est à remplacer depuis plusieurs décennies) on nous bassine avec la République, en alternance avec d'autres modèles de société, plus ou moins légitimes, qu'on essaie de temps à autre comme pour mieux revenir à ce qui nous convient le mieux : ce que quelqu'un d'autre a décidé pour nous. Il se trouve, donc, que c'est la République. Et comme elle ne peut se suffire à elle-même, on l'a doté d'une constitution dans laquelle des législateurs avisés lui ont trouvé de formidables qualités. Notre République est la plus belle du monde car elle est sociale, laïque et démocratique. Rien que ça ! Et puis tout le monde à l'air d'y tenir à cette République, la cinquième ! Sa constitution passe à la moulinette régulièrement, on ajoute des articles avec des tirets, on en supprime d'autre en gardant leur numéro mais en précisant qu'ils sont vides tout ça pour qu'au final, le nombre soit toujours le même. La différence avec la magie, c'est qu'on ne fait disparaître personne (à part les chômeurs) on ne coupe personne en deux (en dehors du nombre des mécontents qui manifestent) et on ne fait pas sortir de colombes des chapeaux (à l'exception de réformes qui ressemblent à s'y méprendre à des cataplasmes sur des jambes de bois).
N'en déplaisent aux cinq derniers royalistes authentiques et démodés qui jurent que seul un roi peut fédérer tous les français dans une sorte de bonheur jubilatoire et extatique, la république est défendue, encensée et portée aux nues par la gauche, la droite, le centre et mêmes les extrêmes avec une égale ardeur. Et non seulement notre République a toutes les qualités que la constitution est supposée garantir, mais en plus, elle traîne derrière elle tout un lot de valeur aux contours très fluctuant selon les circonstances. Mais c'est uniquement pour pointer du doigt des gens qui ne les respectent pas et qui ont l'outrecuidance de croire qu'ils peuvent en imposer d'autres dont on ne sait en définitive, rien de plus.
Nous vivons donc dans un pays idyllique, une sorte de jardin d'Eden, le pays joyeux des rires et des chants (l'île aux enfants, comme dirait Casimir). Mais est-ce bien vrai tout cela ? Avant de trancher la question, examinons quelques points.
  • J'ai proposé ma candidature à l'élection présidentielle parce que j'estimais que le projet que j'avais élaboré valait la peine de s'investir. En dehors du fait que l'expérience a été intéressante et qu'elle m'a permis de comprendre certains rouages institutionnels que ne connaissais pas, elle m'a aussi appris que ce petit monde était un domaine réservé et qu'un citoyen seul, sans une solide structure financière et médiatique, avait fort peu de chance de pouvoir percer. Il faut, au départ, être investi de qualités absolument nécessaires : la persévérance, la ténacité , la patience et une bonne dose de confiance en soi.. Mais cela ne suffit pas.
  • Lorsqu'un citoyen veut se présenter à une élection, quelle qu'elle soit, il doit faire parler de lui et proposer un programme (ou celui du parti auquel il appartient, s'il y a lieu). Pour ma part, j'avais fondé mon propre mouvement et je devais le faire connaître. Comment ? Voici quelques indications fort précieuses.
  • J'ai d'abord remis un dossier de presse à différents journaux de mon département, aux chaînes de radio et de télés locales.
  • Comme je suis fonctionnaire, j'ai informé mes supérieurs hiérarchiques de mon engagement, d'abord parce que c'est obligatoire et ensuite pour qu'ils sachent qu'à la base, il y a aussi des gens qui réfléchissent.
  • J'ai envoyé un courrier au Maire de ma commune pour éviter toute surprise. Et puis c'est une question de politesse surtout lorsqu'on a fait partie de la liste opposée aux dernières élections municipales.
  • Un article est paru dans un hebdomadaire régional, ce qui est d'un grand secours pour lancer une campagne.
  • L'inconvénient c'est que une machine de guerre ne se lance pas comme ça toute seule : il faut savoir attirer l'attention et la maintenir tout le temps. Pour ce faire, j'avais mis sur pied quatre sites Internet différents où je mettais toutes les informations nécessaires.
    Petit conseil aux webmestres : incorporer un compteur de visite est une opération à double tranchant. Le nombre de pages vues sera toujours largement inférieur que ceux des sites de téléchargement de musique ou de films (sans parler du reste).
  • Les résultats n'ont pas été à la hauteur de mes espérances : par manque d'enthousiasme, ou de politesse, les réponses n'ont pas été nombreuses. Je peux même dire qu'elles ont été fort rares. Il n'y a plus grand monde pour observer le principe dit d'obligation de réponse.
  • En France, comme un peu partout sur la planète, les politiques vous mentent et vous font avaler des couleuvres par pelletées entières. Le mensonge est une forme de management comme une autre, à l'instar du bluff, de l'intimidation, le harcèlement et j'en passe...
Puisque je viens de parler de mensonge, je vais évoquer quelques grands thèmes et autres idées reçues bien ancrés dans la conscience collective.
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La République a fait tout ce qui était possible pour s'imposer :
  • La première république s'est instaurée dans des conditions étranges le 21 septembre 1792. Jugez-en plutôt :
    « Dans ses Souvenirs, Jean-Jacques Fockedey, député du département du Nord sous la Convention nationale, décrit la façon précipitée dont est décrétée, le 21 septembre 1792 l’abolition d’une Royauté qui devait laisser place à la Première République : si l’unanimité fut obtenue, c’est parce que moins des deux cinquièmes des 749 députés sont alors réunis, les novateurs redoutant d’assister à l’échec d’une telle substitution en présence de la totalité.
    Mise en œuvre suite à la « suspension » du roi lors de la prise des Tuileries le 10 août 1792, la Convention nationale tient en effet sa première session le 21 septembre, sans attendre l’arrivée des 749 membres qui la composent et doivent venir des quatre coins du pays. » (source : la France pittoresque)
  • L'assassinat du roi Louis XVI après une parodie de procès. Pour cela, voyez l'article dont le lien figure ci-dessous. Il est issu d'un site royaliste mais les choses sont justes.
  • Je ne suis pas là pour refaire l'histoire. Mais la République a largement contribué à fausser les cartes des régimes et gouvernements précédents (ce qu'ils font tous, soit dit en passant!) Le système de gouvernement le plus juste est celui qui est consenti par tous et il peut être de n'importe quelle forme et changer en fonction des circonstances.
  • Les apports de la Révolution Française : la déclaration des droits de l'homme, les constitutions de 1791 et de 1793. Mais aussi les errances de la Convention et la période de la Terreur. Le général de Gaulle a répondu à quelqu'un qui rejetait la période la plus noire de la révolution pour n'en garder le positif : « La révolution est un tout, il y a le bon mais aussi le mauvais ! » Faire le tri, après coups, semble relativement facile : il suffit d'enlever les années 1793 et 1794. Pourtant, même durant ces années-là, des éléments disparate sont fertiligènes pour notre propre avenir.
  • La république vomit sur les royalistes et les bonapartistes alors qu'elle les imite de plus en plus. Le général de Gaulle était issu d'une famille royaliste. Lui même peut être fortement soupçonné de l'avoir été.
    « Voici ce qu'il aurait proclamé un jour, et qui est en fait une citation rapportée et non directement issue de ses discours ou de ses écrits :
    " Ce qu'il faudrait à ce pays, c'est un roi "
    (Déclaration à Robert Prigent, ministre de la Population, cité par Georgette Elgey, La République des illusions 1945-1951, Paris, Ed. Fayard)
    Raison pour laquelle, j'emploie toujours le conditionnel lorsque je me réfère à ce genre de citation apocryphe. » (
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Les efforts démesurés de la République pour éradiquer la Royauté :
Au risque de choquer les républicains, mais ce qui ne rassurera pas les royalistes, un roi à la tête d'un état n'est ni mieux ni pire qu'un président de la république. Des pays comme la Hollande, le Danemark, la Belgique, la Suède, la Norvège, l'Espagne, l'Angleterre, le Luxembourg et la France (Non, pas la France ! Pourtant on croirait!) s'accommodent encore d'un roi ou d'une reine et ce n'est pas pour autant que la révolution gronde à leurs portes. Toute la différence réside dans l'exercice du pouvoir. Les souverains d'Europe ne l'exercent pas : c'est le gouvernement, issu des élections qui en est titulaire.
Avec un raisonnement pareil, on peut imaginer un roi sur le trône de France, cela ne fonctionnerait certainement pas plus mal que maintenant, ou alors un président de la République avec un mandat de cinq ans, élu différemment que dans ce déluge de moyens à la limite du scandaleux, qui s'occuperait de sa tâche plutôt que de se mêler de gouverner à la place des ministres. Or, c'est une particularité de la France que de mélanger et confondre royauté, république et gouvernement. Depuis 1789, les institutions ne sont toujours pas fixées. Pour vous donner quelques preuves :
  • Lors de l'avènement de Napoléon Ier, les pièces de monnaie portaient l'inscription suivante : République Française, Napoléon Empereur.
    Premier exemple : An 12 (1804)
    Deuxième exemple de 1808.
  • Le premier président de la République était un prince : Louis-Napoléon Bonaparte, le futur Napoléon III.
  • Lors des visites protocolaires, à l'étranger, le Président de la République est appelé « Son Excellence ».
    « His Excellency Mr. Nicolas Sarkozy, President of the French Republic, will pay a visit to Japan on March 31, 2011.
    During his stay in Japan, The President will hold a meeting with Mr. Naoto Kan, Prime Minister of Japan.
    Upon the Tohoku-Pacific Ocean Earthquake, as the chair of the G8/G20 summit this year, President Sarkozy has been expressing his intention to visit Japan to express the support and solidarity of the international community to Japan. »
Mais la France se dit République et la République, même si elle envie et imite ses rois, ne veut pas l'admettre. Elle a tout fait pour les choses soient claires et définitives, et Dieu sait si elle a eu de l'imagination.
  • La destruction définitive des palais royaux que les communards et les prussiens avaient commencée en 1870. Et le mensonge : « On les reconstruira plus tard quand on y verra plus clair dans nos finances » c'est à dire jamais.
    Le Palais des Tuileries en 1850.
    Les ruines après la Commune en 1875.
    Vue générale des Tuileries.
    Emplacement par rapport au Louvre.
  • Même chose pour le château de Saint-Cloud, résidence d'été des Monarques du XIXème siècle.
    Le château avant la guerre de 1870.
    Les ruines après les bombardements de l'armée prussiennes et l'incendie qui a tout détruit.
  • Après la défaite de Sedan, l'Empire s'est effondré. L'épisode de la commune passé, les royalistes (majoritaires) voulurent rappeler le Comte de Chambord, petit fils de Charles X et dernier descendant des Bourbons directs. C'est là qu'il y eut cette histoire de drapeau blanc, celui de Jeanne d'Arc et d'Henri IV. Mais ce n'était qu'un prétexte. Le comte de Chambord, qui aurait été appelé Henri V, ne voulait surtout pas avoir à gérer la revanche de la perte de l'Alsace Lorraine sur le tout nouvel empire allemand. Par dépit, la république prit la place laissée libre par le prétendant qui resta en exil.
    Page extraite du Bulletin des lois, vu sur Google books.
  • Les lois d'exil des familles ayant régné sur la France en date du 23 juin 1886.
    Extrait d'un ouvrage du Comte de Paris (1908-1999)
  • L'article 44 de la Constitution de la 4ème République précisait ceci :
    « Les membres des familles ayant régné sur la France sont inéligibles à la présidence de la République. »
    Près de 80 ans après leur départ, les républicains avaient donc toujours une peur bleue de les voir se réinstaller sur le trône comme si de rien n'était.
  • Le cas du comte de Paris qui, dans les années 60 avait cru que le général de Gaulle lui céderait le trône, est très cocasse. Le Général n'était pas le seul à fréquenter la famille royale déchue : François Mitterrand errait également dans les réceptions organisées à Louvecienne. Plus proche de nous encore, un Président a remis la légion d'honneur au fils du comte de Paris qui est également comte de Paris (ce qui ne sera pas facile pour s'y retrouver!)
    L'image parle d'elle-même.
    Monseigneur a été décoré par le Président Nicolas Sarkozy au cours d'une cérémonie de 45 minutes durant lesquelles le président a prononcé un discours s'adressant à monseigneur le comte de Paris
    ...où il a rendu hommage aux 40 rois qui ont fait la France, puis il a personnellement offert un bouquet de fleurs à la comtesse de Paris.
  • L'école de la république : laïque, publique et obligatoire.
    Les scrupules et les honnêtetés de l’historien allaient être balayés par l’idéologie progressiste, grâce à l’introduction de l’instruction civique dans les programmes, en vertu de la loi du 28 mars 1882.
    Cette grande querelle scolaire débute avec les manuels de Steeg et de Paul Bert. Deux exemples de caricature d’autant plus choquants que leurs rédacteurs… n’étaient pas historiens.
    Le manuel de Steeg dresse un tableau saisissant de la France à la veille de la Révolution : « Depuis des siècles, la France gémissait sous le joug des rois et des seigneurs. Ils étaient les maîtres, et le peuple n’avait aucun droit ; il travaillait pour eux, il payait toutes leurs dépenses, il était foulé aux pieds, et souvent il mourait de faim. On disait de lui qu’il était taillable et corvéable à merci, c’est-à-dire que ses maîtres pouvaient lui imposer, à leur volonté, toutes les corvées et toutes les contributions imaginables, qu’on appelait la taille, le cens, la gabelle, la dîme, etc. Quand il ne voulait pas travailler pour les seigneurs, on le battait, on le jetait en prison. Quand il ne pouvait plus payer les lourds impôts qui l’écrasaient, on vendait la maison, les outils, et on jetait les pauvres gens dehors, dans les bois où ils se nourrissaient d’herbe. Soumis à tous les caprices de ses maîtres, le peuple ne jouissait d’aucune liberté, il ne pouvait ni suivre la religion qui lui convenait, ni diriger les affaires de sa ville ou de son village, ni exercer les métiers qu’il lui convenait ».
    ou encore (chez Paul Bert qui n’avait aucune formation d’historien)
    L’auteur y développe l’exemple d’un village imaginaire qui aurait eu pour seigneurs l’abbé de Saint-Gildas et le baron de Saint-Yrieix : « Là-haut était le couvent, habité par six moines qui passaient leur vie à prier, à se promener, à surveiller les travaux de leurs serfs, à recevoir les produits et redevances. Monsieur l’abbé, lui, ne venait pas souvent ; il était à Versailles à s’amuser avec son frère le baron. Les moines avaient bien plus qu’il ne leur en fallait pour vivre ; aussi étaient-ils aussi gros et gras que leurs paysans étaient décharnés…
    Au plus haut niveau de l’État, le mensonge volontaire est loué. Jules Ferry affirme ainsi qu’il n’y a pas de neutralité politique dans l’enseignement :
    En revanche, sur la vision manichéenne de l’Histoire, opposant l’Ancien Régime à la France contemporaine issue de la Révolution, Jules Ferry reste intransigeant : « Messieurs, dit-il au duc de Broglie, nous avons promis la neutralité religieuse, nous n’avons pas promis la neutralité philosophique, non plus que la neutralité politique ».
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