mercredi 14 septembre 2011

Le pouvoir citoyen (1)

Première partie.
« Ce sont les démocrates qui font les démocraties ; c'est le Citoyen qui fait la République. » (Georges Bernanos)
« Une démocratie, c'est d'abord ça : une façon de vivre où les gens osent se communiquer les choses importantes, toutes les choses importantes, où ils se sentent le droit de parler comme des adultes, et non comme des enfants dissimulés. » (Jules Romains, Les hommes de bonne volonté)
« Une démocratie ne vaut et ne dure que si elle sait refondre constamment dans la communauté nationale l'individualisme qu'elle fait naître. » (Jacques de Lacretelle)
« Notre démocratie est parfaitement bancale. Elle n'avance que sur une seule jambe. Elle écarte de sa représentation plus de la moitié des citoyens. » (Alain Juppé)
Les élections présidentielles sont souvent le prétexte à des débats de fond et les sujets traités par les différents candidats retournent dans le néant le plus absolu dès l'annonce des résultats. Chacun veut réformer les institutions et marquer son temps d'une emprunte indélébile, le temps passe et rien ne se fait. A quoi veulent-ils s'en prendre ? C'est simple : à la République, la Démocratie et la Constitution. Rien moins que ça ! Que peuvent-ils bien leur reprocher ? A la fois tout et rien. Quand quelques uns estiment que le Citoyen doit pouvoir compter un peu plus dans la balance et façonnent des ébauches de projets de démocratie participative, bien timides, d'autres, sans bruit, arrangent la Constitution à leur guise sous couvert de modernisation. Et qu'est-ce qu'on obtient en définitive ? Une république qui se drape dans des atours d'un bonapartisme un rien rétrograde, une sorte de dictocratie ou de démotature, joyeux mélange d'autoritarisme musclé qui permet, dans un même temps, à des populations mécontentes de défiler dans les rues pour sauver les retraites et à des parlementaires de les réformer sans rien écouter ni entendre. Le tout, dans une sorte de satisfaction générale que rien ne saurait venir contrarier.
La France, nous dit-on depuis cent cinquante ans, est une république laïque, démocratique et sociale. Grâce à la Constitution de la Cinquième République, dérapage après dérapage, la France est devenue une monarchie républicaine et son président passe désormais pour un empereur quinquennal, une altesse électorale (en référence au titre des princes électeurs du Saint Empire Romain Germanique) aux pouvoirs bien supérieurs à ceux d'un Louis XIV, pourtant considéré comme l'exemple type du souverain absolu. Et le citoyen ? On l'endort avec des histoires soporifiques de démocratie uniquement pour le faire taire. La question qui se pose très logiquement est la suivante : acceptera-t-il de se taire encore longtemps ? Quelques-uns, dont je suis, se posent déjà la question et tentent d'apporter des remèdes pour que le réveil ne soit pas trop brutal. Cette période préélectorale est propice aux débats d'idées, alors débattons.
Le point de convergence des discussions est le rôle du citoyen dans la république. Les plus arriérés ont décidé une fois pour toute que le citoyen moyen était ignorant et qu'il était incapable de prendre une quelconque décision : aussi ne lui demandent-ils rien. Qu'ils votent, de préférence pour ceux qui les ignorent et qui justifient leurs discours par des arguments périmés de longue date, et qu'ils la bouclent. Ceux-là n'ont encore rien compris à l'Histoire, celle qui s'écrit avec une majuscule. D'autres parlent de démocratie participative, évoquent des expériences constructives dans leur région mais restent trop timides. Et puis il y a ceux qui comptent sur les citoyens pour former avec eux, un projet concret et véritablement démocratique. Ceux-là souhaitent que le citoyen s'investisse. C'est ainsi que quelques propositions ont vu le jour, parmi lesquelles celle que je présente au nom du Mouvement Royauté Républicaine Française et qui porte le nom de « Comités de Citoyens ». Cette proposition n'est pas unique, elle a au moins une variante dont je vais parler (on peut en prendre connaissance sur mon site de la constitution de la RRF et suivre le lien qui mène à son site d'origine). Le sujet ne manque pas d'attrait ni d'actualité mais parviendra-t-il à captiver l'électeur qui choisira le prochain président de la République.
A. Quelques constatations.
L'électeur moyen, le passant lambda, pour ne pas dire le citoyen anonyme s'est depuis de nombreuses années réfugié dans une léthargie qui frôle l'indolence. Pire, lorsque son sommeil est agité, le politique, tous bords confondus, sait lui administrer des potions qui, si elles ne l'apaisent pas totalement, le plonge dans une sorte de mollesse résignée et fataliste. Il faut dire que le politique, qu'il soit au pouvoir ou dans l'opposition, connaît des recettes magiques pour avoir la paix et mettre en œuvre la politique de son parti avant toute autre. Pour résumer le processus, un apophtegme en forme de proverbe (ou l'inverse, ça marche aussi) fera très bien l'affaire : « Donne-moi ton avis et je te dirai pourquoi je n'en tiens pas compte ! » Cela ressemble assez au « Cause toujours ! » qui caractérise, chez quelques humoristes grinçants, la démocratie occidentale. (La fameuse démocratie qui, selon la définition donnée par Christophe Alévêque, candidat à la présidence de la république sous le nom de Super Rebelle, est un concept grec qui a remplacé les jeux du cirque!)
Le politique organise de temps en temps de vastes mascarades pour se donner bonne conscience. Il appelle ça des consultations. Or, tout comme chez le médecin, c'est le patient qui paie la facture et qui ne sait même pas s'il sera entièrement remboursé (à cause du trou...) Les exemples ne manquent pas, en voici quelques uns.
Exemple 1 :
« Le référendum français sur le traité établissant une Constitution pour l'Europe est une consultation populaire qui a eu lieu le 29 mai 2005. À la question « Approuvez-vous le projet de loi qui autorise la ratification du traité établissant une Constitution pour l'Europe ? », 54,68 % des électeurs s'étant exprimés (hors bulletins blancs et nuls) ont répondu « non ». Ce troisième référendum français sur un traité européen (après 1972 et 1992) est le premier à être rejeté. » (source : wikipedia)
« Le traité de Lisbonne est un traité signé le 13 décembre 2007 à Lisbonne entre les vingt-sept États membres de l'Union européenne, qui transforme l'architecture institutionnelle de l'Union. Ce traité a été préparé au second semestre 2007 par une conférence intergouvernementale (CIG) constituée pour pallier la non-ratification du traité établissant une constitution pour l’Europe de 2004. À la différence du traité constitutionnel de 2004, qui remplaçait les deux grands traités par un texte nouveau, le traité de Lisbonne conserve les traités existants tout en les modifiant en profondeur : le traité instituant la Communauté européenne (Rome, 1957) qui est rebaptisé « traité sur le fonctionnement de l'Union européenne » ; le traité sur l'Union européenne (Maastricht, 1992). Le traité de Lisbonne est entré en vigueur le 1er décembre 20092, soit le premier jour du mois qui suit l'achèvement du processus de ratification dans les vingt-sept États signataires, avec dépôt des instruments de ratification à Rome. » (source : wikipédia)
Commentaire : vous avez dit « non » à la Constitution européenne, vous l'aurez quand même mais sous un autre nom et vous n'y verrez que du feu. A l'époque, souvenez-vous, ils avaient parlé d'un plan B.
Exemple 2 :
« Plus de deux millions de personnes ont participé à la votation citoyenne sur l'avenir de La Poste achevée ce week-end, a indiqué dimanche 4 octobre 2009 le comité organisateur, depuis son QG installé à la mairie du IIe arrondissement de Paris. "Nous avons déjà plus de deux millions de votes [dans] 90 départements et il reste encore à comptabiliser 4 ou 5 départements, dont les Bouches-du-Rhône où il y a eu beaucoup de points de vote", a indiqué Pierre Khalfa (Solidaires), aux côtés de Nicolas Galepides, porte-parole du comité organisateur. »
« Répondant aux accusations de "manipulation" venant de l'UMP, notamment de son porte-parole Frédéric Lefebvre auquel la ministre de la santé, Roselyne Bachelot, a emboîté le pas, M. Galepides a déclaré que "son interlocuteur était le président de la République". Le comité entend maintenant demander le "gel du projet" de transformation de La Poste en société anonyme et l'ouverture d'un grand débat public. "On ne peut pas laisser retomber le soufflé", a indiqué M. Galepides. Le comité national travaillait dimanche à dessiner la carte des zones les plus votantes tout en constatant d'ores et déjà "une forte concentration dans les quartiers populaires et les zones rurales où le problème est le plus cuisant". » (source : le monde.fr)
Les deux exemples ci-dessus ont fait la une de l'actualité : ils sont une preuve éclatante que le politique ne recule devant rien pour imposer son point de vue. Il ne faut donc plus s'étonner si les électeurs désertent les bureaux de vote et considèrent que tout est toujours joué d'avance. Les spécialistes et autres observateurs, journalistes et sociologues, se sont penchés sur les causes de l'abstentionnisme et ont pu déterminer quelques indices révélateurs. Que faut-il penser lorsqu'une enquête publique, dans n'importe quelle commune de France, arrive à une conclusion bien précise et n'a strictement aucune incidence sur la décision du conseil municipal (qui peut même aller dans le sens contraire) ? Le citoyen se demande logiquement pour quelles raisons il donnerait son avis puisqu'il n'aura aucune incidence.
L'année 2010 a été riche en mouvements sociaux causés essentiellement par la réforme des retraites. Les manifestants ont défilé dans les rues de plusieurs villes de France tout le long de l'année voire parfois toutes les semaines. Même si les chiffres fournis par les syndicats étaient différents de ceux diffusés officiellement, il est permis de considérer que la mobilisation a été massive et continue. Le gouvernement, au lieu de revoir sa copie, comme on dit, a imposé son projet par la force et le parlement a voté sans même discuter (grâce à la pirouette constitutionnelle mise en place en 2008 sous le patronage d'Edouard Balladur). Il y a encore mieux : quelques députés, dont Noël Mammère, ont proposé un amendement qui intégrait à la réforme le régime particulier des retraites de ces messieurs les parlementaires, cet amendement a été rejeté. Un tel niveau d'hypocrisie a rarement été atteint mais il est révélateur : la France n'est plus seulement une monarchie républicaine, elle est devenue la propriété exclusive d'une caste de nouveaux privilégiés. Au final, c'est le tiers-état qui paie la facture !
Grâce à une propagande républicaine efficace (et nécessaire) les instituteurs de la troisième république, et leurs successeurs, de bonne foi, ont inculqué à leurs élèves que la république et la royauté étaient deux concepts opposés (ce qui peut se concevoir sans être tout à fait exact) et que seule la république était envisageable durablement. Après un dix-neuvième siècle où les premier et second empires ont encadré deux types de royauté et la seconde (et éphémère) république, une stabilité durable et définitive s'imposait. En 1870, après la défaite de Sedan qui poussa Napoléon III sur la route de l'exil, le comte de Chambord, descendant de Charles X, le dernier des Bourbons a avoir régné (1824 - 1830), fixa des conditions tellement stupides à son retour sur le trône que la république, logiquement, s'imposa d'elle-même. Pour éviter de nouvelles prétentions royalistes, le palais des tuileries (ainsi que le château de Saint-Cloud), résidence des souverains depuis la révolution de 1789 et que les communards avaient incendié, fut définitivement rasé (avec une promesse qui ne sera jamais honorée à la clé - la reconstruction ultérieure) et les membres des familles ayant régné en France furent exilées. La troisième république fut fondée officiellement en 1875 et expira en 1939 au profit du gouvernement de Vichy. Après la guerre, la bancale quatrième république laissa la place à la cinquième, celle du général de Gaulle, conçue comme une monarchie républicaine (cette expression lui est attribuée par des personnes de son entourage immédiat).
Cinquante années plus tard, les caractéristiques de la « Monarchie Républicaine Française » peuvent être ainsi relevées :
  1. Les électeurs ne sont sollicités que pour glisser leur bulletin dans l'urne uniquement quand on ne peut pas faire autrement (c'est à dire pour l'élection de la caste des élus) le reste du temps (quand il faudrait un référendum, par exemple) les parlementaires se débrouillent entre eux (surtout depuis que les français ont dit « non » à la constitution européenne). Les élus, qui sont, dans les textes, considérés comme les représentant de la Nation, finissent par se dégager de cette obligation pour mener la politique de leur parti.
  2. Une nouvelle forme de féodalité a pris forme, calquée sur la structure de l'ancien régime pourtant abhorré (un comble, en somme). Les trois anciens ordres (la noblesse, le clergé et le tiers-état) se retrouvent ainsi définis :
  • Une catégorie de personnes dans laquelle on retrouve pêle-mêle les haut-fonctionnaires, les énarques, les technocrates, les parlementaires et les grands industriels.
  • Le nouveau tiers-état formé par l'électeur, contribuable ponctionné sans vergogne et de tous les individus qui peuvent payer les factures et autres sottises de la catégorie du dessus.
  • La laïcité (et ses avatars) est un prétexte idéal pour se débarrasser (à tort ou à raison) de tout ce qui est religieux. Les religions (quelles qu'elle soient, car pour l'occasion, elles sont toutes dans un même sac, y compris le catholicisme) dérangent le monde libéral qui aimerait s'en affranchir définitivement pour établir son hégémonie sur la planète. Si des lois punissent le port de la burqa, pointant du doigt l'Islam, par la même occasion, le catholicisme, par la destruction d'églises (jugée rapidement dangereuses) est également touché. Le débat dépasse le cadre de cette présente étude, je ne l'aborderai donc pas.
  • Un pouvoir, spirituel lui aussi, essaie de prendre la place des religions pour s'assurer le contrôle des masses et des intelligences. On y retrouve la presse (télévision, radio, journaux) des écrivains engagés (ou qui s'y croient) et les fameux éditocrates qui tentent de modeler les esprits à leur convenance.
  1. La Constitution de la Cinquième République a donné plus de pouvoirs à son Président que n'en avait Louis XIV. Il est partout, peut tout, fait tout, décide de tout, même des conneries de ses ministres. Pendant les premiers mois de son quinquennat, Nicolas Sarkozy a même cumulé ses fonctions de chef de l'Etat avec celle dévolues habituellement au premier ministre au point que les journalistes se demandaient si Matignon avait effectivement un locataire. Le Président de la République est une sorte d'altesse électorale et autocratique qui bénéficie d'une immunité pendant toute la durée de son règne (euh, de son mandat).
  2. Malgré des élections démocratiques, des campagnes électorales parfois riches en sujets de réflexion, des remises en causes sporadiques du fonctionnement des institutions et des discours remplis de belles promesses, le parlementaire une fois élu met toute son énergie à mettre en place la politique pensée par son parti, oubliant très vite la Nation qu'ils sont supposés représenter. C'est ainsi que des décisions stupides sont prises, des lois liberticides sont votées et des textes antidémocratiques adoptés. Je ne citerai que ces quelques exemples : les lois Loppsi et Hadopi, le retrait des panneaux signalant les radars automatiques et la suppression de la taxe professionnelle.
  3. Les dernières tribulations du texte de la Constitution (dont la dernière modification importante date de 2008) assurent pour cinq ans l'hégémonie d'un parti politique sur l'ensemble des français. Avec un Président, un gouvernement et un parlement dans les mains d'un même parti (qu'il soit de gauche ou de droite) les institutions prennent la forme d'une dictature, une vraie monarchie, quinquennale, certes, mais monarchie quand même. (Il ne faudra pas confondre monarchie - pouvoir d'un seul homme - avec royauté qui peut se comprendre de multiple façon).
  4. La démocratie laïque et sociale ne devient plus qu'une expression parmi d'autres, un fantasme, une utopie dans laquelle le citoyen n'a aucune garantie ni aucun recours. Le texte de la Constitution a beau prétendre que la Nation exerce sa souveraineté par ses représentants élus ou par voie de référendum il n'est appliqué que partiellement. (Y a-t-il eu un référendum pour la privatisation de la Poste, une administration de l'Etat ? Non ! La modernisation des institutions de 2008, qui retouchait en profondeur le texte de la Constitution a-t-elle était soumise à l'approbation des électeurs ? Guère plus!)
Tous ces éléments, mis bout à bout, ont achevé de désespérer les électeurs. Et si, par hasard, un candidat à l'élection présidentielle voulait réveiller les citoyens en leur faisant prendre conscience qu'ils sont plus importants que les parlementaires et que c'est à eux, et eux seuls, qu'il revient de redresser la barre, il peut être assuré d'être regardé comme s'il venait tout droit de la planète Mars. Pourtant, qu'on le veuille ou non, l'avenir ne se fera pas sans ce que certains appellent déjà le « pouvoir citoyen ».

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