vendredi 1 octobre 2010

Faut-il craindre la "Royauté Républicaine" - Episode 3.

Nous avons tous appris à l'école qu'avant la Révolution Française, il y avait ce qu'on appelait un « ancien régime », décrit de façon souvent étrange mais toujours avec une pointe d'ironie ou de mépris. Tout le monde se souvient qu'avant, du temps des rois de France, qui étaient tous des tyrans et des despotes sanguinaires, rappelons-le, l'agriculture se réduisait à une leçon sur l'assolement triennal. Pour contrer ce principe forcément archaïque, puisque d'une époque révolue, on nous vantait les mérites des techniques modernes: il était entre autres question de rendement, de quintaux par hectares et j'en passe. Deux siècles après que ces temps soient révolus, avec les écologistes, des gens qui ont à cœur la préservation de la planète, je me pose la question suivante: n'aurait-on pas mieux fait de continuer comme avant plutôt que d'assassiner la terre à coup de produits chimiques et de s'obstiner à un acharnement thérapeutique à l'aide des engrais divers et variés qui, non seulement pourrissent le sol, mais polluent aussi la nappe phréatique.
La Révolution Française a été une réponse à un problème donné après une série d'événements qui avaient fini par bloquer les institutions. Il ne sert à rien de la remettre en cause, de la critiquer ou de vouloir nier tout ce qu'elle a produit, en bloc, elle a fait ce qu'elle a pu après avoir échappé au contrôle de ceux qui l'avaient déclenchée. La France d'aujourd'hui lui est autant redevable que de cet « ancien régime » que les manuels scolaires ce sont efforcés de noircir. Si on y regarde de plus près, cet ancien et ce nouveau régime se ressemblent étrangement, ils se rejoignent parfois et par moment, se superposent avec une étonnante exactitude. Finalement, pour reprendre une définition que j'avais déjà donnée, la France a fait sa révolution, d'une part en 1789, d'autre part en ferment le cercle et en revenant à une situation qui est similaire à celle du point de départ.
Le premier exemple est particulièrement intéressant. La France se vante d'être une république démocratique (avec tous les adjectifs qui s'y rapportent) mais à voir les français défiler régulièrement dans les rues, être dénombrés comme des moutons avec autant de sérieux que si c'en était réellement, on peut se demander où se niche la démocratie (dans une des branches de l'arbre de la liberté qu'on plante le 14 juillet et qui crève après le 21 septembre, me dira-t-on!). Récapitulons: nous avons d'un côté, un gouvernement UMP, avec un président UMP (arbitre de rien du tout puisque c'est lui qui tire les ficelles) et un parlement à majorité UMP; de l'autre, nous avons les français dans les rues, les sondages épouvantables (26 % de satisfaits ça fait 74 % de mécontents). Au milieu du stade le ballon sur les retraites est entre les mains de l'arbitre, un parlement qui porte bien son nom (Parlement, endroit où l'on parle... Trop... Beaucoup trop... Mais qu'ils se taisent...) Mais là, l'arbitre est partagé (genre combat intérieur): l'opposition crie à hue et à dia, poursuit le monde dans les couloirs dans des courses grand-guignolesques au risque d'abîmer le parquet des bâtiments historiques mais tout cela fera de très belles photos dans Paris-Match. Quitte à faire la une de la presse, notre bien aimé président, arrivé sur les flonflons de la « Marche consulaire » et qui repartira au son de « La Carmagnole » veut marquer son règne présidentiel par une réussite spectaculaire: faire passer son projet sur les retraites. Et ça, pour être spectaculaire, c'est plus fort que le cinémascope: mieux que l'article 49-3, la question de confiance, bien connue des démocrates, la révision de la constitution de 2008 a été taillée sur mesure. On appelait ça, jadis, sous Louis XIV, Louis XV et Louis XVI, un « lit de justice ». Les parlements récalcitrants étaient sommés d'enregistrer les édits royaux sans discuter. Aujourd'hui, il y a la « procédure accélérée »: c'est exactement le même principe, l'opposition crie et gesticule, certes, mais dans le vide. S'il a fallu deux siècles pour que les choses redeviennent comme avant, c'est qu'il y a une raison. J'en vois deux: soit le lit de justice n'était finalement pas une si mauvaise chose que cela soit sa redécouverte peut s'avérer fort utile pour un gouvernement qui ne connaît pas (et ne reconnaît pas) le dialogue.
Une deuxième exemple est tout aussi significatif de l'héritage à la fois de la conception de l'administration d'un Napoléon Bonaparte, autant que de l'ancien régime (qui était la base de la formation de l'Empereur): la voie hiérarchique et toutes ses déclinaisons, aussi bien dans le fonctionnement de l'État, des collectivités locales, les administrations et les entreprises. Qu'on le veuille ou non, la France est restée féodale: même si le duc, le comte et le marquis ont été supplantés par le chef, le directeur et le PDG, la forme et la structure de la société française est restée la même. Pourtant, s'il y avait bien une chose dont il fallait se débarrasser au plus vite, c'était bien celle-là. Manque de bol, pour une fois, c'est raté. Le devoir d'obéir à son supérieur a permis à beaucoup de lâches de se disculper au lendemain de la collaboration avec les allemands comme aux habitants de Buchenwald ou d'Auschwitz de prétendre qu'ils ne savaient pas ce qui se passait sous leur nez. Un adage reflète d'ailleurs parfaitement ce que je dis « Réfléchir, c'est commencer à désobéir! » Combien de fois ai-je entendu, lors de réunions techniques avec des hiérarques fiers d'occuper des places situées en haut-lieu s'exclamer « Ce n'est plus négociable, c'est applicable! » La voie hiérarchique, comme la féodalité d'antan, n'a qu'un seul sens: du haut vers le bas « Je dis et tu appliques! » (Même les sottises, ce qui pose souvent des problèmes!) Une preuve irréfutable que cette chaîne est construite sur un axe orienté: un individu qu'on appellera « N » aura en-dessous de lui un « N-1 » (puis un « N-2 » etc...) et au-dessus de lui, un chef « N+1 » (puis un « N+2 » etc...) Un individu lambda se vengera de l'obéissance qu'il doit à son supérieur en l'appliquant avec la même perfidie à ses subordonnés (qu'on appelle aussi des collaborateurs, c'est tout dire!)
La différence entre l'ancien régime et les temps dits modernes tient également sur une idée qu'on peut considérer comme inexacte (dans le sens où elle n'est pas franchement vraie ou fausse): les constitutions et le Code Civil. Il est exact de dire que la volonté des députés des États Généraux réunis en 1789 était de doter la France d'une constitution mais il ne faut pas pour autant prétendre que rien n'existait: chaque province avait son coutumier, ensemble de règles, de coutumes et de traditions. On pourra trouver les textes des coutumiers de Normandie et d'Artois sur le site de google-books, pour ne citer que ceux-là. Le rôle des parlements de l'ancien régime était justement de mettre les édits, lois et ordonnances des rois de France en conformité avec les coutumes locales, de les adapter aux coutumiers en vigueur. Il se passe de nos jours exactement la même chose avec les directives européennes lorsqu'elles sont adaptées aux législations des différents pays de la communauté. Pour ce qui concerne le Code Civil, dit aussi Code Napoléon, la volonté de classer et d'ordonner la loi a permis aux législateurs de faire ce que l'ancien régime n'avait pu réussir avec l'antique droit romain et ses avatars. Le droit de l'ancien régime était une superposition de textes qui s'étalaient sur près de 1500 ans: romains d'abord, byzantins ensuite puis canons (issus du droit catholique). Quelques auteurs anciens ont voulu y mettre de l'ordre, ils n'ont pu qu'en faire des compilations. L'Empereur, militaire dans l'âme et organisateur de génie sut insuffler à ce projet de Code Civil une rigueur et une précision qui subsiste encore aujourd'hui.
Le dernier point est la décentralisation ou plutôt ses effets. Le pays, physiquement et administrativement, est formé de régions, de départements, de cantons, mairies et communautés de communes. Cet enchevêtrement de compétences, toutes liées à des impôts et autres contributions versées par le citoyen, finit par créer un embrouillamini presque aussi complexe que le découpage de la France sous l'ancien régime (avec ses provinces, pays d'état et pays de parlements, sénéchaussées, évêchés etc...) Le découpage de la France en départements était sans doute trop simple : mais pourquoi reprendre le fouillis de l'ancien régime? Peut-être veut-on nous montrer toute la modernité de l'ancien régime avant son agonie à moins que ce ne soit une façon détournée de tirer la sonnette d'alarme pour dire que notre monde moderne est sur le point de s'effondrer.
En conclusion, que faut-il penser de mon exposé? La réponse est simple: si l'ancien régime et la république de notre temps ont tant de points communs c'est simplement pour que les citoyens se mobilisent pour édifier une république différente et inédite. Il ne faut rien détruire, et surtout pas tout en bloc, qui a été une erreur commise par la grande révolution, mais prendre les structures qui existent, les débarrasser des aberrations qui coûtent cher au contribuable, les aménager différemment. Il faut que chacun puisse donner son opinion sur la société qu'il souhaite et qu'il dise comment il veut la construire. Bref, il faut que la république, par le biais de ses représentants, entendent et écoutent ses administrés. Pour le cas où elle voudrait quand même ignorer l'expression de la souveraineté de la nation, c'est au Président de la République qu'il revient de remettre le dialogue à l'ordre du jour. En aucune façon, comme cela se produit aujourd'hui, le président ne doit jouer les dictateurs en usant des stratagèmes constitutionnels qu'il a cru bon de mettre en place pour exercer une autorité que nul ne lui reconnaît (à part sa majorité servile et rampante) et que la constitution n'évoque même pas.
Petite citation finale: Constitution de la Cinquième République, article 3.
« La souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce par ses représentants ou par la voie du référendum.
Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s'en attribuer l'exercice. »
Ni monsieur Sarkozy ni sa majorité parlementaire ne peuvent imposer leur projet sur les retraites, seul un référendum peut trancher.
La constitution est respectable, respectez-la!

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