jeudi 25 novembre 2010

Donner la parole au Peuple, leçon 1.

Pour les élections présidentielles de 2012, j'ai élaboré un plan de campagne autour du thème suivant : « donner la parole au peuple » dans le cadre d'une « démocratie avec implication du Citoyen ». Pour ceux qui ne sauraient pas de quoi il est question, ou qui n'auraient encore rien lu, voici un rappel succinct :
  • Donner la parole au Peuple, ce n'est pas lui donner tout le pouvoir. Je fais la distinction entre les élus, qui sont investis d'un mandat pour exercer le pouvoir, et les électeurs qui ne se contentent pas de voter.
  • Pour que le Peuple puisse s'exprimer, je préconise la création de Comités de Citoyens dans toutes les mairies. Ces Comités seront permanents et pourront se réunir de leur propre initiative ou à la demande d'un élu.
  • Ces Comités de Citoyens seront obligatoirement présidés par un élu au moins. L'ordre du jour sera défini par le Comité. Les délibérations pourront être soumises à un vote et les résultats transmis au Gouvernement ou au Parlement.
  • Le but de ces Comités de Citoyens est d'assister les élus dans l'élaboration de la loi. Les travaux des commissions parlementaires seront suivis par les Citoyens qui prendront connaissance des textes. Des commentaires, amendements ou critiques pourront être apportés à ces textes et seront étudiés par les élus.
  • Les Citoyens sont ainsi chargés d'une mission de contrôle et peuvent agir directement par les votations publiques (ou citoyennes) et les pétitions adressées au chef de l'état.
Les objections à cette idée seront nombreuses et parfois justifiées. Je vais vous en donner quelques unes :
  • Les Citoyens ne s'intéressent pas à la vie politique de leur pays, il n'y a qu'à voir les chiffres des abstentions.
  • Les français préfèrent râler que de participer ou s'investir dans quelque chose qui les dépasse.
  • Donner la parole au peuple, c'est bien joli, quoique farfelu, mais qu'est-ce que vous voulez qu'il en fasse... de bon?
  • Les français préfèrent faire la grève. Participer à la vie de la république leur donnerait l'impression de collaborer avec l'ennemi.
Il y en aura bien d'autres, moins drôles mais plus précises, mais on leur répondra en temps voulu. Pour le moment, l'essentiel est de se concentrer sur le point que je voulais aborder dans cette première leçon. Est-ce que les Citoyens seront prêts à prendre la parole de façon constructive? La réponse à une telle problématique doit en tout premier lieu passer par l'examen de ces quelques points :
  • Le citoyen doit sortir de la léthargie dans laquelle il s'est réfugié avec l'aide de son entourage et de ses responsables.
  • Le citoyen devra prendre conscience de ce qu'on attend de lui et résister au chant des sirènes qui lui dira que ça ne vaut pas la peine.
  • Le citoyen devra comprendre pourquoi personne ne lui avait donné la parole jusque là et se préparer à en user.
  • Le citoyen devra réfléchir avant de voter. Il n'y a pas tellement de possibilités : soit il laisse tout se faire sans lui, comme par le passé, soit il décide de prendre son destin en main et de faire changer les choses dans un sens dont il à le contrôle.
  • Le citoyen devra imaginer l'avenir que je lui propose. Que fera-t-il quand il aura la parole? Que dira-t-il?
  • Le citoyen ne devra pas se laisser emporter par les sentiments de défaite et de renoncement qui lui ont été inculqués par son éducation, son milieu social et familial.
Premier point :
Pour commencer, quelques définitions avec leurs commentaires.
  • La léthargie est une forme de vie ralentie (hibernation, estivation) qui permet à certains animaux (invertébrés et vertébrés) de surmonter des conditions ambiantes défavorables.
  • Léthargique : qui est extrêmement nonchalant, indolent, insensible.
  • La léthargie est un sommeil artificiel provoqué soit par la suggestion (hypnose), soit par un médicament (narcose). C'est l'un des trois stades du somnambulisme de Charcot.
Actuellement, les Citoyens, électeurs ou non, sont plongés dans un état de sommeil que je qualifierai de social. J'ai déjà abordé dans les différents textes de ce site quelques unes des méthodes qui ont été utilisées pour vous endormir et obtenir de vous ce que le pouvoir souhaitait. La troisième république s'est servie de l'enseignement public pour diffuser des messages sur des sujets aussi divers que la laïcité, la crainte de la royauté, la grande guerre et ainsi de suite. Avec le temps, les subterfuges sont devenus plus subtils et reposent essentiellement sur des raccourcis historiques, des mensonges pieux ou républicains, une propagande politique distillés par les partis, l'information et la manière particulière de la diffuser. Ces dernières années, avec l'ère de la communication, les méthodes d'endormissement se sont développées tous azimuts.
Des textes circulent sur internet sous l'égide de noms prestigieux. A ce stade, il est possible de parler de pseudépigraphes puisque ceux qui sont supposés les avoir écrits n'en ont pas composé une seule ligne. Voici un exemple précis : « Les dix stratégies de manipulation de masses » de Noam Chomsky. Ce texte navigue depuis quelques temps sur Internet et a pour but de diffuser les méthodes de contrôle social dont voici la définition officielle :
« Le contrôle social désigne l'ensemble des mécanismes sociaux de régulation des comportements d'individus et des groupes d'individus les rendant conformes aux normes et valeurs établies. Le terme vient de la sociologie américaine, et n'a pas de caractère péjoratif en anglais. »
En quoi consiste la manipulation de masse? Voici une réponse (http://asthme-reality.com/manipulations/index.htm)
On appelle "techniques de manipulation des masses", l'ensemble des moyens d'influence permettant la manipulation de l'opinion publique à des fins politiques, économiques ou stratégiques.
Normalement, si je prends en considération ces techniques de manipulation, le pouvoir en place, quel qu'il soit et d'où qu'il viennent, s'efforcerait de distraire la population pour que son attention se focalise ailleurs que sur la politique qu'il entend mener et cela par des moyens, certes grossiers, mais efficaces. Effectivement, un bon nombre de faits divers, le plus gros des informations des journaux télévisés, les divertissements technologiques ou non et une avalanche de détails de la vie ordinaire pourraient être rangés dans cette case. L'avantage, c'est que c'est pratique. L'inconvénient, c'est que ce n'est que partiellement vrai. Endormir les foules, que ce soit intentionnel ou non, n'est pas véritablement une nouveauté : les jeux du cirque du temps des César n'avaient pas d'autres buts. Une autre période riche en manipulation des masses est le « troisième reich » des nazis, avec son grand-prêtre Joseph Goebels. De nos jours, avec les nouvelles technologies et l'avancée des sciences, il n'y a pas de raison objective de croire que des expériences ne sont pas faites : des cas de projection d'image subliminale sur une chaîne de la télévision publique a un temps défrayé la chronique. Il reste les publicités, véritable matraquage commercial, premier exemple, grossier mais lucratif, de manipulation des consommateurs.
Tout cela est bien joli, mais je n'y crois qu'à moitié. Je ne doute pas une seule minute qu'il y ait des tentatives d'endormir la planète. Beaucoup se font avoir par ces techniques multiples, certains se laissent attraper mais sans conviction et des éléments épars, sur les forums et autres blogs diffusés par Internet, non seulement résistent mais dénoncent ces manipulations. Le foisonnement des opinions, la multiplicité des avis et la confrontation des perceptions face à ces sujets supposés endormir (ou distraire, comme il est dit dans le texte attribué à Noam Chomsky) est tel que je pense que ces techniques, mêmes si elles sont avérées, ne fonctionnent pas entièrement sur la population. Et puis il y a un détail qui me gène : à vouloir prouver que les gens sont idiots et qu'ils se font manipuler facilement on ne parvient à avouer qu'une seule chose : les rouler n'est pas aussi facile que cela. Mieux, c'est clairement un aveu d'échec.
Je suis pourtant bien conscient qu'il y a eu des études faites sur la façon dont le grand public appréhendait les informations qu'on lui fournissait, qu'il existe également des méthodes pour orienter l'opinion publique,des variantes de la propagande, des techniques de communication spéciales voire douteuses mais c'est compter sans la curiosité quasi maladive de l'être humain. Admettons que vingt personnes regardent un journal télévisé standard. Elles ne retiendront pas toutes les mêmes choses, garderont certaines données et élimineront le reste. Sur les vingt, les réactions seront toutes différentes et il s'en trouvera même quelques unes pour douter de la véracité de ce qu'il a entendu. Ces vingt personnes n'ont qu'à discuter ensemble de ce qu'elles ont vu et entendu, cela donnera naissance à des commentaires souvent loufoques mais parfois très intéressants, surprenants et cela que les informations de bases soient vraies, fausses ou incomplètes. Les événements, quels qu'ils soient, ne peuvent pas être relatés de façon objectives puisqu'ils sont perçus par un individu qui n'est pas objectif lui-même. Passé ce premier filtre, l'évènement est soumis à une interprétation; le résultat est alors diffusé comme information est sera trituré de la même manière.
La manipulation existe, je n'en doute pas. La publicité est un exemple de tentative de manipulation à but mercantile : les annonceurs, en expliquant que leur produit est le meilleur et qu'il faut l'acheter, vous manipulent. Lorsque vous finissez par voir le produit dans un rayon de supermarché, vous le reconnaissez et vous vous livrez aussitôt à des analyses complexes et inconscientes : allez vous l'acheter, oui ou non. Après cela, rien qu'avec la publicité, la façon de la diffuser, les mises en scène choisies et les personnages qui vous vantent le produit sont aussi importantes que le nombre de passage sur les ondes, les heures de diffusion, l'émission qui la précédait et celle qui la suivra, et ainsi de suite. C'est la même chose pour une information à l'intérieur d'un journal télévisé. L'être humain fonctionne par association d'idées : si vous lui distillez une série de données dans un ordre choisi et de manière particulière, il peut être amené à penser certaines choses. Les mêmes informations mais dans un ordre différent n'auront pas le même impact. Deux spectateurs distincts ne réagiront pas de la même façon devant les mêmes suites de données, alors, des populations entières, c'est une autre histoire. La manipulation de masse n'a d'intérêt que si un groupe entier réussit à penser exactement la même chose, ce qui est loin d'être gagné, surtout si on partait du principe qu'on avait affaire à des idiots.
Deuxième point :
Les Citoyens vont devoir se secouer et prendre conscience qu'ils peuvent exercer un droit nouveau : celui de parler, de donner un avis et de le consigner par écrit. En effet, constituer des Comités de Citoyens dans les mairies ne va pas ressembler à la fête du village ou au théâtre de guignol. Il ne va pas falloir se contenter d'échanger des brèves de comptoir comme au café du coin ou de refaire le monde comme dans les repas de famille bien arrosés, il faudra un minimum de réflexion.
Les Comités de Citoyens seront constitués pour effectuer les tâches suivantes :
  • S'informer de l'actualité. Il ne s'agit pas des mêmes informations que celles diffusées largement par la presse et les journaux télévisés, qui ne sont qu'un condensé de faits divers et d'anecdotes souvent insignifiantes. Les Citoyens prendront connaissance des textes de loi et de tout ce qui touche à leur vie quotidienne. Ils auront donc accès à ces textes par tous les moyens disponibles. Le but est que chacun puisse comprendre et assimiler comment fonctionne la république.
  • S'éduquer par le contact avec autrui et bénéficier de l'expérience des autres. Le principe des Comités de Citoyens est également de diffuser un enseignement d'ordre pratique. Les Citoyens seront amenés à écouter les élus, les divers responsables locaux et pourquoi pas des conférenciers. Le but n'est évidemment pas de transformer tous les Citoyens en savants (en singe savant?) mais de leur donner une culture suffisante, et indispensable, pour les tâches qu'ils devront remplir. Cela peut paraître utopique, voire irréalisable, mais je pense que pour attirer les électeurs dans les Comités il est primordial de leur faire admettre que leur présence est utile, importante et constructive.
  • Discuter et communiquer. Par l'échange des points de vues, la confrontation des opinions, en toute intelligence et sans animosité, la démocratie pourra s'établir sur la base du dialogue social. Dans ces Comités, il n'y aura pas que des petites gens, bien entendu : tout le mode y a sa place. Les chefs d'entreprise, les artisans et les commerçants autant que les ouvriers et employés devront contribuer au dialogue social et républicain. Les représentants des partis et des syndicats, toutes tendances confondues, apporteront les précisions utiles à la bonne compréhension des textes et des lois. La pluralité des opinions exprimées permettra à chacun une approche plus juste des informations sur lesquelles ils auront à se prononcer.
  • Quand je parle de dialogue social, il faut le comprendre dans le sens premier du dictionnaire, c'est à dire : qui concerne la société (entière). Un peu comme les fameux réseaux sociaux qui fleurissent sur Internet et qui permettent à tous les individus de correspondre entre eux, qu'ils se connaissent ou non. En aucun cas, on prendra le terme « social » dans son acception souvent péjorative mais généralement de gauche qu'on retrouve dans l'expression « cas social », pour ne citer que celui-là.
  • Débattre sur des thèmes qui leur sont proposés par un élu. Comme je l'ai précisé, les Comités de Citoyens seront impérativement présidés par un élu (un maire, un député, un conseiller général et même le président de la république) cela donnera un caractère officiel à ces réunions. Même si les Comités ne prendront pas de décisions, un compte-rendu sera envoyé au parlement ou au gouvernement pour être examiné. Dans ce cas, les Comités de Citoyens sont dits « participatifs », bien que je n'aime pas ce mot. Mais comme c'est l'élu qui propose un débat et que ce débat débouche sur un rapport officiel, la procédure relève du partenariat entre l'électeur et son représentant dont j'ai déjà parlé.
  • Les Comités de Citoyens présidés par le Président de la République sont à mettre à part tout d'abord parce que ce sera un devoir pour lui que de présider régulièrement des Comités, n'importe où en France. En effet, le meilleur moyen pour le chef de l'état d'être à l'écoute des français est de les rencontrer chez eux, dans les Comités où ils se réunissent. Le Président pourra alors consulter la population sur des points précis, des événements particuliers ou soumettre un projet (de son ressort). Ces débats feront également l'objet de compte-rendus qui seront diffusés dans toutes les mairies par messagerie électronique. Une banque de données nationale consultable par l'ensemble de la population pourra même être constituée pour faciliter l'accès de ces rapports à tous les Citoyens.
  • S'intéresser à la vie de la nation. Le partenariat dont j'ai fait mention ci-dessus peut s'adapter à d'autre relations de réciprocité telles que la vie de la nation. Si les Citoyens constatent que la République se préoccupe de leur vie quotidienne et écoute leurs avis, en contrepartie, logiquement, les Citoyens prendront conscience que la République les concerne en premier lieu. Personne ne pourra demander à la population de s'impliquer dans l'organisation de la société si elle a l'impression, parfaitement justifiée actuellement, de parler dans le vide. Il faut donc que cela change.
  • Décider d'un ordre du jour. Les Citoyens pourront (devront) évoquer les problèmes qu'ils rencontrent dans leur vie de tous les jours, que ce soit sur un plan domestique, social ou administratif. Ils pourront donner des ébauches de solutions (qui mieux qu'eux pourrait le faire) et confronter avec leurs voisins, leurs concitoyens ou leurs élus présents les propositions qu'ils auraient à faire. Comme je pense que la loi peut être expérimentée localement et n'être appliquée au niveau national que si elle est efficace, la possibilité de confier une partie du travail aux Comités de Citoyens peut être envisagée avant d'être examinée et mise en forme par les élus concernés.
  • Apporter sa contribution à la formation de la loi. Toujours dans le cadre d'un partenariat entre les électeurs et leurs représentants, les Comités de Citoyens pourront intervenir dans l'élaboration de la loi en apportant des rectificatifs ou en déposant des amendements aux projets étudiés dans les commissions parlementaires. C'est là que les choses risquent de se corser : en effet, les parlementaires ne pourront plus faire tout ce qu'ils veulent. D'une part, cette fonctionnalité des Comités n'a qu'un seul objectif, l'intérêt général; d'autre part, le contrôle de la loi, mission que les parlementaires assurent eux-mêmes aujourd'hui, serait partagé entre les Citoyens et les élus. Les lois qui visent à protéger les intérêts particuliers de groupes industriels ou bancaires devront être justifiées et expliquées avant d'être examinées par les commissions.
  • Cautionner le travail des parlementaires. Une fois que la loi a suivi toute la nouvelle procédure, qui ne demande pas de moyens extraordinaires (juste que chacun fasse un petit effort) la loi sera d'autant mieux appliquée qu'elle aura été conjointement élaborée. Les parlementaires conservent leur pouvoir de décision et les Citoyens exercent leur souveraineté directement par ce qu'on pourrait appeler le pouvoir d'adhésion. Les litiges éventuels seraient arbitrés par le Président de la République et les décisions prises après concertation, un nouvel examen par le Parlement ou le référendum. Les recours seraient les suivants : les pétitions, votations publiques (ou citoyennes).
Vous voyez que le principe de donner la parole au peuple ne sera pas nécessairement de tout repos. Si j'ai choisi de faire fonctionner la République sur ce que j'ai appelé « la démocratie avec implication du citoyen » ce n'est pas pour rien. Cette nouvelle organisation de la société, je ne peux évidemment pas la mettre en place tout seul : les électeurs devront se réveiller et se saisir de l'opportunité tout de suite et dès le premier tour. Les autres, ceux qui ne vont pas voter parce qu'ils ne se sentent pas (ou plus) concernés par les affaires publiques (on ne peut pas les en blâmer) devront également se mobiliser pour qu'une tel projet puisse se concrétiser. Je le répète une fois de plus, les Citoyens peuvent toujours tout changer : encore faut-il qu'ils le veuillent. Cela, je ne peut pas le vouloir pour eux.
Troisième point :
Si vous prenez la peine d'analyser la situation, vous pouvez conclure que la problématique est simple, voire simpliste. En fait, il n'y a qu'une alternative : soit personne ne bouge et tout continue comme maintenant, soit les Citoyens décident de se prendre en main et ils agissent. Le choix est limité mais les raisons qui font pencher la balance d'un côté ou de l'autre méritent d'être décortiquées. Vous vous apercevrez que si on ne peut pas franchement parler de manipulation des masses par d'obscures ectoplasmes ésotériques que certains internautes désignent par « les maîtres du monde », on peut déceler un long travail de sape dont les sources sont multiples. Chose fort étrange, par moment, les initiateurs de ces manœuvres de déstabilisation et leurs victimes sont les mêmes personnes. Le défaitisme ambiant finit même par s'auto-alimenter. Ceux qui savent se sortir de ce jeu sans fin parviennent à profiter de la situation, dans tous les sens du terme.
Commençons par les raisons pour lesquelles les choses ne pourraient pas changer (ne devraient pas changer ou, mieux encore, ne changeraient pas).
  • Beaucoup de français pensent que vouloir agir est vain. Je peux comprendre ce point de vue car les indices qui en démontrent la réalité sont nombreux. Il est également exact que cette opinion est fortement ancrée dans ce que les psychologues appellent l'inconscient collectif. Et fort étrangement, comme il est communément admis que ça ne sert à rien d'agir, personne ne fait plus rien. Quelques uns attendent le Messie, qui ne viendra pas tout de suite, d'autres l'homme providentiel, qui peut revêtir toutes sortes de panoplies, parfois cocasses, et les autres personne en particulier. Et si, par hasard, comme c'est mon cas, quelqu'un se dresse et prétend qu'on peut toujours tout faire à condition de le vouloir, les quolibets fusent dans tous les sens et des mots comme anachronique, farfelu, original, doux rêveur et bien d'autres encore, sont adressés au nigaud à qui ont trouve des tas d'occupations bien plus passionnantes que celle qu'il a choisie. Enfin! Puisqu'on vous dit que tout cela est vain! (Oui, mais non!)
  • Lorsque je présente mon projet à un auditoire quel qu'il soit, il finit toujours par ce trouver un joyeux drille pour me rétorquer : « Dès qu'on essaie de faire quelque chose, ça ne sert à rien! » Et tout l'auditoire approuve sans discuter. Vouloir que les choses changent est considéré désormais comme le pinacle de l'inutilité si bien qu'on ne sait plus si c'est le changement ou la volonté de changer qui est inutile. Finalement, entre la vanité des choses, largement diffusée par une Église catholique toujours à la pointe du progrès quand il s'agit d'être rétrograde, et l'inutilité du reste qui a fait dire « Ce qui nous rebutait le plus dans nos études, c'était l'inutilité de nos travaux. Toujours s'exercer et ne jamais rien faire! » à Valery Larbaud (1881-1957), il n'y a pas grand place pour l'espoir. Alors, vous pensez... L'action!
  • Parfois, comme ça va être encore mon cas, un illuminé, mais pas dans le sens qu'on souhaiterait, pose la question qui aurait pu éliminer tous les candidats de l'antique « jeu des mille francs », à savoir : qu'est-ce qui vous fait croire qu'on ne peut rien tenter pour que les choses changent? Vous n'avez qu'à essayer de la poser autour de vous, sans même avoir à y croire, et écoutez bien la réponse. Invariablement, elle ressemblera à une phrase comme celle-ci : « Tout est figé comme ça et on ne pourra rien changer. C'est comme ça et puis c'est tout! » Nous sommes en présence d'une de ces répliques passe-partout, étincelante de sottise du fait qu'elle ne répond à rien mais qu'elle ne fait que répéter la question. Insister pour que l'interlocuteur développe cette fascinante révélation ne vous amènera qu'à un blocage de l'individu dans une position clinique bien connue de Nicolas Sarkozy et que je désigne par « gouvernement de fermeture ». L'individu ne pouvant et ne voulant répondre à votre question par un argumentaire même sommaire, se fermera comme un huitre et plus rien n'en sortira à part, peut-être un « C'est comme ça et puis c'est tout! » qui est supposé tout régler définitivement.
  • Ce genre de réaction est à ce point répandu que tous, moi compris, avons pensé à un moment ou un autre de notre existence, que c'était comme ça et puis c'est tout. L'avantage d'une telle opinion est que c'est pratique et que, finalement, ça simplifie bien des choses dans notre petite vie que nous rêvons la plus calme possible. Cette commodité de penser, étriquée et simpliste, si elle vous facilite (apparemment) la vie, assure un confort et une tranquillité à ceux qui gèrent vos existences, votre vie professionnelle, votre chômage, vos salaires, vos économies et vos retraites (Tiens, ça faisait longtemps!) Heureusement, de temps à autres, des fantaisistes (dont je fais partie) parviennent à vous sortir de votre léthargie sociale. Pour prendre un exemple (le mien, ce sera plus facile) lorsque j'ai parlé de mon programme qui consistait à donner la parole au peuple, il m'a été répondu quelque chose qui ressemblait à ça : « Est-ce que les gens vont savoir prendre des décisions? ».
  • S'il se trouve quelqu'un pour m'expliquer par quel prodige « donner la parole au peuple » s'est transformé en « donner le pouvoir au peuple » il sera le bienvenu. Je pense plutôt que ceux qui commettent cette modification s'en servent comme d'une excuse. Derrière cette appréhension se cache en fait le grand mythe de la connaissance. Les Citoyens ont tellement l'habitude de ne jamais être écoutés qu'ils en sont venus à douter d'eux-mêmes, de leur compétence, de leur expérience. Si on ajoute à cela quel personne ne les dissuade de ces sombres pensées (c'est même le contraire qui se produit) le peuple finit par croire qu'il est trop bête pour pouvoir agir, d'où la réflexion qui a été citée plus haut et qui se termine par : « C'est comme ça et puis c'est tout! »
  • Il est proposé d'appeler "connaissance" tout élément intellectuel qui, après un (long) travail de réflexion et d'objectivation des perceptions et des représentations, peut être évalué comme ayant un degré acceptable de probabilité d'être, au moins en partie.
  • L'expérience est l'ensemble des connaissances acquises par des années de pratique. C'est également le fait de ressentir quelque chose comme un enrichissement du savoir, de la connaissance, des aptitudes (expérience professionnelle) et de provoquer quelque chose pour l'étudier, pour l'infirmer ou le confirmer ou pour en recevoir des informations nouvelles (faire une expérience de physique).
  • Parmi les nombreuses raisons qui font que rien ne doit ou ne peut changer, il y a une certaine paresse et un goût prononcé pour le laisser aller, pour la grogne. C'est tellement plus pratique de râler que d'agir et puis quel plaisir d'être dans l'opposition. Il y a une bonne vingtaine d'années, un ouvrage « Que le meilleur perde. Éloge de la défaite en politique. » était consacré aux joies d'être dans l'opposition. Le syndicalisme peut être également interprété comme une position confortable dans le camp des opposants qui permet toutes les critiques. En bref, tout est bon pour rester tranquille, même les récréations manifestatoires qui permettent de se défouler.
Fort heureusement, tandis qu'ils pensent que tout est figé et que rien ne pourra jamais changer, les Citoyens espèrent que les changements interviendront malgré tout. C'est paradoxal, illogique et complètement idiot mais c'est ainsi. Les changements sont attendus avec une fébrilité toute mesurée dans des temps qui sont situés à une proximité indéfinissable et qui se résument par cette supplique entendue lors de toutes les manifestations : « Ça va péter! » Cela ressemble à une menace, une prédiction ou une fatalité, on ne saurait trop dire, à moins que ce ne soient les prémices d'une future fête religieuse. Mon sentiment est que les changements doivent s'opérer, sinon d'eux-mêmes, du moins par un acteur extérieur qui prendrait tout le scénario en charge. Autrement dit, cet homme (ou cette femme) providentiel ferait tout tout seul. Les caractéristiques de ce personnage varient selon les individus, les croyances des une ou les attentes des autres. J'ai déjà évoqué cette particularité, je n'y reviendrai pas. Par contre, je vais me pencher sur les raisons qui font que les Citoyens veulent que les choses changent.
  • Lorsqu'on prête une attention aux sondages, sans le côté obsessionnel qui caractérise ces temps dits modernes, il est évident qu'il se dégage un sentiment de ras-le-bol général. Je ne ferai aucun commentaire sur les côtes de popularité des personnalités politiques qui ressemblent plus à des hit-parades qu'à des thermomètres sociaux cohérents pour des raisons évidentes : les magazines, hebdomadaires et autres quotidiens ont adopté le principe et l'ont adapté à leurs besoins. Que le ras-le-bol général soit téléguidé ou non, il n'en demeure pas moins palpable. L'ensemble de la population, au moins celle qui défile dans les rues, souhaite un changement de la société. Le problème est que nul ne serait capable de dire en détail ce qui doit changer et comment.
  • Même si nous ne sommes pas vraiment à la veille d'une révolution, des manifestations, ces dernières années, ont parfois tourné à l'émeute et à l'insurrection. Bien sûr, tout le monde sait que certaines échauffourées ont été purement et simplement organisées, intentionnellement, par le pouvoir en place. L'apparition de bandes de voyous, fauteurs de troubles, jeunes des banlieues triés sur le volet, les vitrines cassées et les magasins pillés ainsi que les policiers en civil, reconnus par des syndicalistes et dénoncés aux médias, tout cela ne peut se faire qu'avec une spontanéité concertée et une volonté supérieure. La polémique est ici inutile. Le malaise ambiant, les magouilles dictatoriales du gouvernement et du Président de la République, les mesures impopulaires et antidémocratiques et les autres tracasseries telles que le chômage, le coût de la vie, l'Europe des technocrates et j'en passe, commencent sérieusement à énerver les français. On peut même dire qu'ils n'en veulent plus.
  • Les têtes pensantes des partis politiques se mettent à la recherche d'idée neuves la veille des élections importantes. Tout cela est burlesque et ressemble à ces bandes dessinées que je lisais dans ma prime jeunesse. On croirait assister pêle-mêle à des expériences du laboratoire Muppet, à un recours au nid-d'idées de Géo Trouvetout, au manuel du castor junior ou encore à l'intégrale de Bécassine. La seule chose réellement originale à faire serait de rencontrer les français sur le terrain, c'est à dire là où ils sont (chez eux, à l'usine, au bureau, au supermarché, chez le coiffeur, bref partout) et de rassembler tout ce qu'ils ont à dire. Malheureusement, nos responsables politiques ont peur du peuple (une peur bleue, une peur panique!) et ne veulent pas recourir à ce procédé qui est pourtant le seul valide. Ils préfèrent considérer le peuple comme de simples électeurs qui votent et puis c'est tout!
  • Je n'ai pas peur du peuple. Je ne pense pas que les électeurs ne soient faits que pour glisser leur bulletin dans l'urne ou s'abstenir (pour faciliter le calcul des résultats). Ils ont des choses à dire et il faut les écouter. Cette écoute, ce n'est pas ce « Cause toujours » qui caractérise le dialogue social en France, c'est entendre, comprendre, tenir compte et adapter. Pour développer, voici quelques significations du verbe entendre : percevoir un son, écouter d'une oreille attentive, comprendre (dans ce sens, le nom correspondant est entendement), apprendre, prendre connaissance, consulter (sens administratif), recueillir des dépositions (terme de droit), assister à une réunion publique en tant qu'auditeur. Pour que le citoyen puisse être entendu (dans tous les sens décrits ci-dessus) il faudrait organiser quelque chose qui ressemblerait à des états généraux. C'est par là qu'il faudra commencer avant de créer les Comités de Citoyens.
  • Les élus (représentants du peuple) ne font guère confiance à leurs électeurs. De ce fait, la réciproque est également vraie. Il y a aussi cette idée grotesque et absurde de la connaissance que les français n'auraient pas en quantité suffisante. Tout le monde finit par le reconnaître sans même se poser la question suivante : une connaissance suffisante, ça veut dire quoi? Est-ce que ça se mesure en litres, en part comme la tarte, en pot comme la confiture, en tranche comme le cake ou le jambon? Quelqu'un qui aurait la connaissance suffisante, il en aurait combien? Comment peut-on évaluer que quelqu'un les a, ces fameuses connaissances? La réponse est sans intérêt. A connaissance, j'ai déjà répondu expérience. Le tout est d'admettre que les français, les Citoyens, sont plus intelligents que ce que leurs représentants leur font croire. La méfiance des uns vis-à-vis des autres doit impérativement céder la place à une confiance mutuelle établie sur les bases d'un partenariat où les électeurs et leurs élus seraient complémentaires. Ce principe n'est pas utopique. Il suffit que le chef de l'état montre l'exemple, chose qui est à des années lumières des préoccupations de notre actuel Président, et fasse confiance en la bonne volonté des français. Je suis prêt à assumer cette tâche : c'est avec ce principe que j'ai bâti ma campagne électorale.
Les Citoyens doivent donc prendre conscience qu'il peuvent tout changer s'ils le souhaitent, qu'ils savent mieux que quiconque ce qui doit changer et par quels moyens. Malgré tous les traquenards technologiques, télévisuels et psychologiques qui leur sont tendus, beaucoup de français, contrairement à ce que les rumeurs de manipulation des masses laissent entendre, résistent et réagissent par le biais de ces gadgets qui étaient supposés les distraire ou les écarter de la vraie réalité (dont on ne sait pas en quoi elle consiste!). Donner la parole au peuple et l'entendre est la base de la démocratie. Si la France en est une, qu'elle l'assume!

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