vendredi 10 juin 2011

Faut-il donner la parole aux petits candidats?

Il faudrait être sourd, aveugle ou vivre sur la lune (et encore, sur la face cachée) pour ignorer que des élections présidentielles vont se dérouler en France l'an prochain. Les candidats se sont déclarés, il est question de primaires dans certains partis et les petites phrases ont déjà commencé à fuser de toutes parts. Comme pour les opéras, en guise d'ouverture, nous avons eu le droit à un grand moment de musique avec le débat entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélanchon qui, loin de faire avancer les choses au delà des frontières du comique, du burlesque et du ridicule (n'ayons pas peur de le dire !) a permis aux auditeurs de se rendre compte que la bataille pour le trône qu'occupe actuellement l'empereur Nicolaon Zéro allait être particulièrement âpre. Et puis, ces derniers temps, un certain patron du F.M.I dont je tairai le nom pour ne pas avoir l'air d'en rajouter une louche (comme on dit dans les salons, celui où il y a la télé) a définitivement mis notre pays au premier rang des puissances dont on parle mais pas forcément en bien.
Les candidats, disais-je, se sont déclarés. Leur nombre approcherait la quinzaine, selon les sites internet consultés, même s'ils ne sont pas forcément à jour. La question qui s'impose est la suivante : est-ce que tous sont connus ? Non ! Les journalistes se focalisent sur ce qu'on peut désigner par les « grands candidats » et délaissent les petits. Il suffit de regarder n'importe quel journal télévisé pour s'en convaincre : seuls l'UMP, le PS et le FN jouissent des faveurs de la presse. Des temps en temps, il est question d'Europe Ecologie, du moins lorsque le désastre japonais réussit à se frayer un chemin dans les titres de l'actualité, de Jean-Luc Mélanchon qui est parvenu à éclipser en totalité son parti de gauche, en alternant des périodes de vigoureuses colères médiatiques avec des instants de grâce quand il parle de la République, et le Parti Communiste, enfin, ce qu'il en reste (parce que ça a été un grand parti autrefois).
Il existe une classe intermédiaire de candidats que j'appellerai « candidats moyens ». Ils sont aussi petits que les petits candidats mais ils ont au moins l'avantage d'appartenir à des partis politiques dont le grand public a entendu parler. Deux de ces partis étaient connus principalement par les personnalités qui les représentaient aux élections : Arlette Laguillet et Olivier Besancenot, pour ne citer que ces noms. Or, ils ne sont candidats ni l'un ni l'autre. Même s'ils ont ou vont avoir des remplaçants, je doute qu'ils parviennent à captiver les médias. Pour finir, il existe un centre, mais qui sait où on peut le classer, celui-la.
Les Inconnus, dans un de leurs sketches et en parlant de Pierre Joxe, ancien ministre de l'intérieur du temps de François Mitterrand, avaient dit ceci : « Il est capable du meilleur comme du pire, mais c'est dans le pire qu'il est le meilleur ! » Vous pouvez appliquer cette maxime à François Bayrou sans vous tromper de beaucoup. Le bon François, a réussi l'exploit de parvenir, contre toute attente, à un score intéressant aux dernières présidentielles. Il s'est donc retrouvé à la place de troisième, certes guère suffisante pour passer le cap du deuxième tour mais assez pour devenir stratégique : il incarnait une troisième force avec laquelle il faudrait désormais compter. La victoire de Nicolas Sarkozy au second tour, la création du Modem et l'abandon brutal de l'essentiel de ses anciens amis au bénéfice de l'UMP, auquel on ajoutera le désormais très célèbre débat avec Daniel Cohn-Bendit ainsi que sa non-réélection, ont sonné le glas de cette force qui a, depuis, l'apparence d'un flan anglais à la vanille dans un réfrigérateur en panne. Le pauvre François suscite encore, par moment, des sursauts d'intérêt par une phrase, une réflexion ou des idées brillantes qui ne font toutefois rien oublier de « son côté obscur », sa façon si personnelle de se saborder lui-même.
Pour résoudre la difficile équation politique qui consiste à déterminer qui, de tous ces candidats, va se retrouver au second tour, et accessoirement à la table du désormais traditionnel débat, il n'y a, semble-t-il, pas d'autre solution que de se référer à ce que dit et décide la presse dans son ensemble. Il suffit d'y adjoindre quelques sondages significatifs (de quoi, on ne sait pas) des premières pages nombreuses et des articles de fond pour avoir une réponse, même partielle : Marine est dans le peloton de tête et on la retrouve au deuxième tour.
Jusqu'à ces dernières semaines, D.S.K était le chouchou des médias mais avec les événements que le monde entier connaît désormais (il est fort difficile d'y échapper) il n'est plus le présidentiable attitré. Du coup, les paris ont repris et on cherche qui va pouvoir s'opposer (dans tous les sens du terme) à Marine.
Quelques éléments sont à prendre en considération et les journalistes semblent les ignorer, dans le sens de ne pas vouloir connaître aussi bien que de ne pas savoir, à moins qu'ils ne le fassent exprès, ce qui est toujours possible.
  • Depuis des mois, les bruits couraient que les grands partis avaient du mal à rester crédible auprès des électeurs.
  • Un sondage récent précisait que 70 % des votants votaient blanc.
  • L'abstentionnisme galopant prend à chaque élection des proportions catastrophiques.
Un individu normalement constitué, c'est à dire avec une intelligence suffisante et un peu de logique, ce qui ne doit pas être introuvable, tirerait la conclusion suivante : les électeurs sont lassés de tous ces politiciens qui ne s'amusent qu'entre eux. Oui, les français veulent autre chose. Ils souhaitent pour 2012 un Président de la République qui ne ressemble pas à tous les autres. D'ailleurs, voici qui ils souhaitent :
  • Le futur Président devra être honnête, à l'écoute et avoir 50 ans,
  • Il ne sera pas forcément marié, mais sera sincère, franc et intègre,
  • Il devra être « à l'écoute des français » et « proche » de son « peuple »
Je ne voudrais pas avoir l'air de faire de la publicité pour mon cas, mais il faut quand même que j'avoue que je corresponds à cette description. Les qualités requises pour le président de 2012 ainsi que ses futures obligations sont celles que j'ai inscrites dans « la constitution de la R.R.F ». Or, il y a un problème, et de taille : je ne suis qu'un petit candidat et, mieux, pour être honnête, je ne suis même pas dans la liste des candidats atypiques que le quotidien gratuit « 20 minutes » a publiée ces derniers jours. Il va être quelque peu malaisé de faire campagne et d'accéder au second tour si personne ne sait que j'existe. Je vais donc me poser la question suivante : faut-il vraiment donner la parole aux petits candidats ?
Non ! Il ne faut pas perdre de temps avec ces petits candidats parce qu'ils n'auront pas les moyens de se payer des campagnes électorales tonitruantes avec feux d'artifice, lâcher de pigeons (pour faire plaisir à « chasse pêche nature et tralala ») et ballons de baudruche de toutes les couleurs (quoique trois suffisent : le bleu Marine, le blanc du drapeau d'Henri IV – ou Henri V, si on ajoute le comte de Chambord qui l'avait un temps exigé, et le rouge communard – pour le côté historique que les communistes sont en passe de rejoindre également) Ce n'est pas la peine d'espérer être entendu sans claquer à la figure des électeurs des tombereaux de bon argent dont on ne connaît pas toujours la provenance. De plus, Khadafi étant sur le point de disparaître de la scène politique et terroriste internationale, il ne va plus pouvoir financer qui que ce soit – du moins, l'avait-il prétendu. Désormais, il faut claquer du flouze, de l'oseille, du blé par brouettes entières pour être crédible et acheter son mandat. Si, si ! Le terme est juste : acheter ! Vous êtes bien naïfs de croire encore au pouvoir des élections... Pour votre édification, lisez ceci :
« L'ordre d'arrivée des quatre principaux candidats à la fonction suprême correspond exactement en 2007 à celui de leurs budgets de campagne : 20 millions d'euros pour Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, 10 millions pour François Bayrou et 9 millions pour Jean-Marie Le Pen. Des sommes qui servent surtout aux "moyens de propagande", selon la terminaison officielle : meetings, affiches, tracts et désormais Internet. »
« Maxime Huré a 23 ans. Il vient de contracter un prêt de 13 000 euros pour financer sa campagne des élections cantonales à Lyon. « Treize mille euros, ça représente un remboursement de 256 euros par mois pendant cinq ans si je ne fais pas au moins 5 % des voix », sourit-il. La condition fixée par l’Etat pour être remboursé. Un véritable engagement pour le jeune homme. Car la politique, ça coûte cher. Voire très cher. Le congrès d’investiture de Nicolas Sarkozy, à la Porte de Versailles en 2006, avait coûté 3,6 millions d’euros ! Deux situations extrêmes mais les mêmes impératifs. Car quel que soit le scrutin, il faut trouver l’argent et rester dans le cadre strict fixé par la loi. » (source : http://www.leprogres.fr/politique/2011/03/07/des-campagnes-electorales-couteuses-le-prix-de-la-democratie)
Oui ! Pour les raisons développées ci-dessus, il faut donner la parole aux petits candidats. Ils n'ont pas d'argent, ou très peu, et pour eux, ça va être plus que dur. Et pourquoi donc ? C'est très simple : ils vont devoir redoubler d'efforts pour parvenir à capter sur eux l'attention des électeurs et seront contraints de rivaliser d'adresse et d'ingéniosité pour que la presse, qui est supposée relayer les informations, toutes les informations (Normalement, c'est comme ça que ça devrait se passer!) s'aperçoive qu'ils existent. Ces candidats vont devoir dépenser en matière grise l'équivalent de ce que les candidats plus riches (et quelque fois mois prolixes en idées, voire parfois en manque total) dépenseront en euros. C'est sur ce plan que les choses risquent de devenir passionnantes.
Non ! Il est parfaitement inutile de leur consacrer une seule minute car, c'est bien connu et tout le monde le sait, la candidature n'appartient qu'aux grands partis qui ne lâcheront pas le morceau comme ça. Pour ce qui est de l'esprit démocratique, il faudra repasser : la France est une République laïque, sociale et démocratique, c'est écrit dans la Constitution mais ça s'arrête là. Il ne faut surtout pas que cela dépasse le stade du papier. Où irait-on ? C'est vrai, tout le monde peut prétendre atteindre la fonction suprême mais ça doit rester un fantasme ou un joli rêve pour ceux qui ne sont pas protégés, chouchoutés et soutenus par les financiers, la presse et les lobbies, principalement celui du nucléaire. Pourquoi les socialistes ne se sont-ils pas engouffrés dans la brèche ouverte par le cataclysme de Fukushima ? A cause de la toute puissance, dans notre pays de la « pensée nucléaire » un concept fabriqué de toute pièce au nom de la fumeuse autant que nébuleuse « indépendance énergétique » (un de ces mensonges dont les gouvernements sont friands depuis que le Général de Gaulle en a fait un dogme républicain). Cependant, si un petit candidat réussissait à attirer la sympathie des groupes industriels et bancaires sur sa frêle personne, en remettant en cause le système de la RTT, les 35 heures, le travail du dimanche, les retraites et tous les autres sujets qui fâchent, peut-être arriverait-il à grappiller quelques points lors du premier tour. Mais qu'il ne se fasse pas d'illusion ! Les grands veillent et ils sont jaloux et susceptibles.
Oui ! Donnons-leur la parole et surtout qu'ils s'expriment librement et sans contrainte aucune. Avec ce que l'on désigne désormais par les « candidatures atypiques », on va bien se marrer ! Essayons de faire le point de la rigolade parmi ces joyeux drilles qui espèrent faire parler d'eux.
  • Un chauffeur de bus,
  • Un écrivain indigné,
  • Un transsexuel,
  • Rasta Président,
  • Un militant du vote blanc qui promet de démissionner sitôt élu,
  • Un royaliste qui prône le rétablissement de la République.
  • Il y a même eu la candidature d'un escargot membre du parti de la dé-croissance.
Même si ces candidats atypiques (et pour certains : décalés, pour ne pas dire franchement marginaux) apporteront dans les débats (s'ils y sont conviés) un peu d'air frais et une touche de réelle authenticité, ils ne doivent cependant pas se faire trop d'illusion. Si le rire est le propre de l'homme, ce n'est pas la principale caractéristique du politicien dont les qualités tournent autour du calcul, du sérieux (dans le sens d'austérité et non de réalité), de la froide résignation et du fatalisme financier, économique, industriel et bancaire (qu'il prétendra mieux connaître que la vie quotidienne des français qu'il va représenter).
Non ! Il ne faut pas qu'ils parlent. Mieux : qu'ils se taisent ! Les élections ne sont pas conçues comme une partie de plaisir. C'est du sérieux, géré par des personnes sérieuses qui prononcent des phrases sérieuses. Même si certains candidats, parmi les grands et les moyens (selon ma classification) ont déclaré des choses amusantes voire comiques ou grotesques, ils ne l'ont pas fait exprès ou alors c'était calculé (ces personnalités savent s'entourer de spécialistes en communication, une sorte de metteurs en scène, qui sont instruits dans l'art de faire parler de soi). Il faudra quand même reconnaître que reléguer les petits candidats dans la catégorie des farfelus et des amuseurs publics a un avantage incontournable : ça les déconsidère automatiquement. Pour preuve, le quotidien déjà cité « 20 minutes » utilise l'adjectif « atypique » au lieu de « alternatif » qui conviendrait bien mieux.
  1. Définitions de atypique : qui n'est pas conforme à un type de référence courant, qui diffère de la norme ordinaire, synonyme de exceptionnel, hors norme, inaccoutumé, inhabituel, singulier.
    Se dit d'un sujet qui se distingue de façon marquée de l'ensemble de son groupe ou de sa catégorie par certains de ses caractères. Qui diffère du type normal. Synonyme(s): aberrant, inclassable, exceptionnel.
    « Contrairement au terme anormal, qui a généralement une connotation négative, le terme atypique peut désigner aussi bien des individus exceptionnellement doués que des personnes handicapées. Par ailleurs, le terme exceptionnel, qui a été utilisé pour qualifier des enfants handicapés ou éprouvant des difficultés d'adaptation ou d'apprentissage, est aujourd'hui réservé à la désignation des enfants doués ou surdoués. Le terme aberrant, enfin, est surtout utilisé dans le domaine de la statistique. » (Source : Office de la langue française, 2002)
  2. Définitions de alternatif : solution de remplacement. Choix entre deux solutions possible (dont l'une des deux peut être fausse ou impossible)
    Se dit de modes de pensées, de pratiques sociales, etc., qui proposent d'autres possibilités que celles de la société de consommation.
    Le marketing alternatif est un concept dont la signification peut varier en fonction de ses contextes d’utilisation. On peut cependant considérer que le marketing alternatif regroupe l’ensemble des techniques marketing considérées comme "non traditionnelles".
  3. Définitions de norme : état conforme à la moyenne, critère de référence.
    Une norme, du latin norma (« équerre, règle ») désigne un état habituellement répandu ou moyen considéré le plus souvent comme une règle à suivre. Ce terme générique désigne un ensemble de caractéristiques décrivant un objet, un être, qui peut être virtuel ou non.
    La normalisation ou la standardisation est le fait d'établir respectivement des normes et standards industriels, c'est-à-dire un référentiel commun et documenté destiné à harmoniser l'activité d'un secteur. Elle est réalisée par des organismes spécialisés, qui sont le plus souvent soit des organismes d'État, soit des organisations créées par les professionnels d'un secteur d'activité donné.
    L'ISO (International Organization for Standardization) et le CEI donnent la définition suivante :
    Document établi par consensus et approuvé par un organisme reconnu, qui fournit, pour des usages communs et répétés, des règles, des lignes directrices ou des caractéristiques, pour des activités ou leurs résultats garantissant un niveau d'ordre optimal dans un contexte donné.
    La norme est un document de référence sur un sujet donné. Il indique l'état de la science, de la technologie et des savoir-faire au moment de la rédaction.
    Pour être considéré comme une norme, le document doit remplir deux conditions :
  • les moyens et méthodes décrits doivent être reproductibles en utilisant et respectant les conditions qui sont indiqués,
  • elle doit avoir reçu la reconnaissance de tous.
    C'est un référentiel incontestable commun proposant des solutions techniques et commerciales. Elles sont utilisées pour simplifier les relations contractuelles. (Source : wikipédia)
Il a été une fois pour toute établi par cette catégorie de personnel, des intermittents du spectacle d'un genre particulier, cette corporation du sérieux, ce cercle privé très fermé, la nouvelle « noblesse politique » issue de la France d'en haut, que les élections c'était du sérieux et que les amateurs n'y avaient pas leur place, surtout s'ils avaient des choses à dire.
Oui ! Si les petits candidats ont quelque chose à dire, surtout si leur discours est atypique, qu'ils parlent ! Il n'y a aucun danger à leur laisser un accès libre vers les médias et un électorat potentiel étant donné que, comme je l'ai déjà dit un peu plus haut, ils n'auront pas les moyens financiers nécessaires pour assurer une large diffusion à leurs idées et leurs programmes. Incidemment, le Conseil Constitutionnel pourrait oublier qu'il est corps et âme dévoué au gouvernement de son excellence l'Empereur Nicolaon Zéro et interdire pendant une période conséquente les interventions des grands candidats dans les médias. Les candidats atypiques, dans le respect de l'égalité des chances, une valeur républicaine que le cercle des « vrais démocrates » (ceux qui occupent l'espace médiatique, et dont je ne fais pas partie) pourraient ainsi faire une vraie campagne, avec peu de moyens, certes, mais une campagne digne de ce nom et dans le strict respect des règles démocratiques (qui savent être logiques ou illogiques selon les besoins).
Non ! Les bagarres qui vont opposer les prétendants à la candidature, dans les différents partis politiques et selon des méthodes assez variées, vont nous assommer pendant les mois qui restent avant l'échéance finale, on ne va pas, en plus, se farcir les ébats, voire le naufrage pour quelques uns, des comiques qui veulent jouer dans la cour des grands. Cette période, qui ressemble à s'y méprendre à l'ouverture de la chasse, quand le plomb des carabines claquent dans les volets des habitations, est propice à tous les coups bas possibles et, pour certains, à peine imaginables. Le thème à la mode en ce moment a été glorieusement inauguré par DSK : le safari soubrette, la fiesta coquine voire pire. Pour se mettre à la page, il faudrait que les petits candidats acceptent de se laisser accuser de gestes déplacés pour pouvoir, sous prétexte de se défendre, présenter les motifs de leur engagement et diffuser leur programme. Ils y perdront des plumes, comme on dit, mais accéderont à la notoriété. Vous croyez que j'exagère ? Souvenez-vous du sang contaminé et du « Rainbow Warrior » : les protagonistes sont toujours là...
Oui ! Qu'on leur donne la parole, qu'ils occupent tout l'espace et qu'il ne soit plus question que d'eux. Ils reflètent la vraie France, la France du terrain pour une raison simple : ils travaillent. Un des petits candidats est chauffeur de bus ! Moi-même, je suis fonctionnaire dans une entreprise publique qui a employé, entre autres célébrités, Olivier Besancenot. Ces prétendants ne touchent pas des salaires de PDG ou de ministres, ne bénéficient pas de parachutes dorés (en général, ils n'ont pas de parachute du tout!) et doivent se contenter de ce qu'on leur donne. Eux, ils savent ce que c'est une fin de mois difficile ou le prix d'achat des « cinq fruits et légumes par jour ». Est-ce que les présidentiables des grands partis connaissent le prix d'une laitue, d'une barquette de fraises ou d'un concombre ? Permettez-moi d'en douter. C'est là toute la différence !
Non ! Si c'est pour nous rappeler sans arrêt ce que tout le monde sait déjà, pour le vivre quotidiennement, ils peuvent rester là où ils sont. Ils seront plus utiles, et moins encombrants, dans leur province, dans leurs petits emplois qu'à la télé à nous « boursoufler le cortex » comme disait Pierre Desproges. Ils peuvent se syndiquer, s'ils le veulent, ça leur donnera l'occasion de dire à la France des chômeurs pourquoi ils ont décidé d'arrêter le travail. Et puis, si on regarde bien, le syndicalisme a encore un bel avenir dans tout ce qui concerne le revendicatif : en face, personne ne cède jamais et quand bien même, ce n'est pas suivi d'effet. Ces candidats là connaissent trop bien la situation de la France, ils y sont confrontés directement, ils seraient capables de prétendre avoir des solutions. Les français ne veulent pas du concret, ils veulent du spectaculaire, des paillettes, du bling-bling ! Les débats de fond que les grands spécialistes de la communication de masse, de la propagande et de la langue de bois, vont nous concocter seront techniquement plus médiatiques et passionnants. Nous aurons le droit, que dis-je, le privilège d'assister à de véritables performances d'acteurs, d'authentiques numéros de music-hall par des professionnels dans le domaine du bluff, du mensonge et de l'ineptie. Et ça, les petits candidats, il n'y connaissent rien ! Alors laissez-les parler, ceux qui ont l'habitude de tout embrouiller !
Oui ! Oui, il faut donner la parole aux petits candidats. Car ils ont des projets concrets. Ils ont des idées neuves. Ils savent parler aux français sans tomber dans le populisme (celui de la presse, bien entendu, qui consiste à ne dire que ce qui plaît au peuple et non pas ce qui peut convenir au peuple!). Ils ont beau être marginaux, atypiques et tout ce qu'on voudra, ils ont des projets concrets, des idées intéressantes et, même s'ils n'en ont pas, ils ont les moyens de les trouver. Parmi toutes ces propositions judicieuses et avant-gardistes que l'on peut trouver dans ces programmes dits alternatifs, il y a les miennes. Un peu de publicité pour mon cas dans cet article ne fera pas de mal car, comme le dit le proverbe « Charité bien ordonnée commence par soi-même ! » Alors allons-y et parlons. Quels sont les points forts de ma campagne ?
  • Un Président à l'écoute des français, un médiateur entre le gouvernement et la Nation.
  • La création de « Comités de Citoyens » impliqués dans les affaires de la république.
  • Le vote blanc comptabilisé comme suffrage exprimé et qui pourrait annuler des élections.
  • Le recours aux pétitions, votation publiques.
Non ! Il est inutile d'encombrer l'audimat avec de la nouveauté, surtout dans le domaine politique car les idées neuves finissent au placard quand elles ne viennent pas d'en haut. Les grands candidats ont des recettes magiques, des recettes toutes faites et prêtes à l'emploi. Il n'y a rien de révolutionnaire (il ne manquerait plus que ça ! Et pourquoi ne pas remettre en question les bases de la société, pendant qu'on y est!) rien de franchement extraordinaire, ça se saurait aussi ! Rien que du réchauffé ! Tout doit rester dans le domaine connu, classique et ordinaire. Il ne faut pas affoler, surtout pas les actionnaires, encore moins les banquiers et les industriels. Ces gens-là, les ci-devants, comme on les appelait pendant la révolution, celle de 1789, doivent pouvoir poursuivre leur but sans entraves. Et puis non, on ne veut pas entendre parler de la répartition des richesses ! D'où vient cette idée saugrenue ? Encore une idée de gauchiste, d'anarchiste ou de syndicaliste, ça ! Des gens qui ne respectent rien et qui veulent piller sans vergogne les portefeuilles boursiers des petits épargnants. (Il faut les choyer, les petits épargnants, les banques pourront les piller en premier!) Si, justement ! Ces gens-là, comme vous dites, respectent les français, toutes origines et confessions confondues. Il n'ont pas encore admis que c'était le dollar qu'il fallait respecter...
Oui ! Il faut réserver une place privilégiée à ces petits candidats car les électeurs peuvent se reconnaître et s'identifier plus facilement qu'avec le mari de Carla Bruni ou l'épouse de DSK. De plus, ils n'ont pas souvent l'occasion de faire parler d'eux et une fois tous les cinq ans, si ce n'est pas trop vous demander, la chose peut être envisageable. Dans le respect de la pluralité des opinions, l'égalité entre les citoyens et la juste répartition des temps de parole, les grands et les petits candidats pourraient s'exprimer, chacun leur tour, sans être dérangés par des prétextes médiatiques comme il y en a tant.
Non ! Les petits candidats n'ont pas un crédit suffisant.
  1. Les grands candidats qui se sont lancés dans la bataille avec une fougue, une ardeur et des moyens au-dessus des possibilités du commun n'ont pas envie de voir leurs efforts passer inaperçus. Ils n'ont qu'à ouvrir la bouche pour que des micros, comme par enchantement, s'approchent pour quémander un avis, une opinion, une remarque, une petite phrase, un silence ou un bâillement du moment que ce soit exploitable, dans tous les sens du terme.
  2. La presse écrite ne veut pas que ces élections échappent à son contrôle. Les journalistes entendent bien faire la pluie et le beau temps et manipuler l'opinion à leur guise sans que des individus, sous couvert de pluralité machin-truc ou de ces concepts qui, sournoisement, s'immiscent dans les revendications populaires, viennent perturber leur bel édifice.
  3. La télévision, même si elle a un nombre de règles à respecter, préférera toujours présenter quelqu'un qui sait jouer la comédie, interpréter une campagne, feindre la joie, la rigueur, l'assurance ou la tranquillité et qui connaît les sujets dont ils convient de se scandaliser plutôt que n'importe quel anonyme qui a toutes les qualités exceptées celles du comédien.
Pour que les électeurs ne s'égarent pas à les écouter, la meilleure solution consiste à les ignorer.
Oui ! Ils présentent de réelles alternatives aux poncifs des politiques en place et doivent se battre pour percer. Rien que pour leur courage, il faut les écouter. Il est particulièrement difficile d'évaluer la difficulté que rencontre un parfait inconnu pour avoir accès au public. Pour citer un exemple que je connais bien, c'est à dire le mien, j'ai constaté que faire paraître un article dans la presse locale était encore relativement aisé. C'est plus complexe pour ce qui est de la presse nationale. Et quand je dis complexe, je suis gentil et positif (il ne faut surtout pas être dépressif) !
Non ! Et ce n'est pas la peine d'insister, les petits candidats ne sont pas de taille pour affronter les débats politiques dont les enjeux sont de cette importance. De toute façon, quoi qu'ils puissent inventer pour percer, ils n'iront pas au second tour contre Marine X. Ils n'iront pas parce que ça n'arrange personne. Les statistiques sont bien plus fiables et bien plus faciles à élaborer avec les grands candidats. Ce sont des valeurs sûres (dans le maniement de la langue de bois, cette variante de la communication et du mensonge, appelé également promesse électorale). Qui peut prévoir l'impact du discours d'un de ces candidats sur un échantillon de population ? Personne ! Et pour ce qui est des scores possibles, le mystère est total. On n'aime pas l'imprévu et encore moins l'imprévisible. Alors, s'il vous plaît, mesdames et messieurs les petits candidats, restez à votre place et vous verrez que tout ira bien !
Oui ! Prêtons-leur une attention même distraite ne serait-ce que pour aérer le tumulte occasionné par les grands candidats, un peu comme les entractes des spectacles un peu longs.
Non ! Il a été démontré presque mathématiquement mais avec méthode (et insistance) que c'est la presse qui anime les débats. Or, la presse fait ce qu'elle veut. Elle veut du chiffre, de la vente, des tirages et du sensationnel. Les petits candidats n'y connaissent rien en polémique, une variante des jeux du cirque de la Rome antique ou du concours de chanteurs comme dans les opéras de Wagner, contrairement aux ténors de la politique qui en savent toutes les ficelles.
Oui ! Les petits candidats ont une perception différente de la vie et de la France. Ils sont proches du terrain et ont en général basé leur programme sur l'observation de leur entourage.
Non ! Il y a déjà trop de candidats considérés comme grands, on ne va pas s'encombrer des petits qui risquent de fausser tous les pronostics. On ne les connaît pas et même si on parlait d'eux, ils retourneront dans l'oubli sitôt les élections passées. Et puis qu'est-ce qu'ils en ont à faire, les derniers électeurs qui s'obstinent à voter, des idées concrètes de ces hurluberlus provinciaux ? Ce qu'ils veulent repose sur cette affirmation : ils veulent un projet pour la France, même si ça doit finir comme en Espagne, en Grèce ou au Portugal par des émeutes qui seront réprimées par les armes. On ne va quand même pas laisser des pays comme la Tunisie, l'Égypte, la Libye ou la Syrie nous donner des leçons de démocratie. Il serait bon qu'on leur rappelle que cette manie de vouloir tout chambouler vient de chez nous ! Grâce à nous, « les pays du monde arabe » connaissent les bienfaits de la démocratie qui sont : le bazar (pour ne pas utiliser un terme plus cru mais bien plus proche de la réalité) et le recours à l'émeute.
Oui ! Finalement, on ne devrait parler que des petits candidats. Toutes les personnalités politiques qui ont tâté, à un moment ou un autre, le pouvoir et qui ont échoué dans l'exécution de leur programme devraient pouvoir être contraints à garder le silence. Ils pourraient faire une campagne électorale, comme tous les candidats, mais sans prononcer un mot. L'inconvénient majeur est de taille : ils sont à ce point habitués à parler, discuter, invectiver, blâmer et accuser que les tenir cois ne serait-ce qu'une minute relèverait de la science-fiction. Oui, donc, pour qu'ils parlent, ces petits candidats !
Non ! Les ténors et autres éléphants de la politique ont réussi l'exploit de faire croire aux français qu'ils vivaient dans une république laïque, sociale et démocratique ; ils sont parvenus à les dégoûter de toutes les autres institutions possibles même si la république en imite les fastes et en singent les erreurs qu'elle dit exécrer ; ils ont imposé la démocratie, avec les fantaisies nécessaires à leurs bidouilles, comme seul modèle. On ne va quand même pas tout remettre en question pour le plaisir de quelques farfelus qui se sont mis à avoir des idées comme d'autres ont des visions. Les politiques n'admettent le changement que lorsqu'ils ne sont pas concernés et quand bien même le seraient-ils, ils ont les moyens de se retirer. (Souvenez-vous de la réforme des retraites qui touche tout le monde sauf les parlementaires. Étonnant, non?) Donc mesdames et messieurs les petits candidats, vous êtes priés de la boucler. Shut up, please !
Oui ! Pitié, oui ! Laissez-les s'exprimer, ces petits candidats ! Pourquoi donc ? Parce que je suis un petit candidat et que je veux qu'on parle de moi.
Pour conclure, en référence au prix d'une campagne électorale, je trouverais particulièrement cocasse qu'en 2012 les français choisisse le candidat qui aura dépensé le moins. Ce serait une bonne leçon, non ?
Alors, électeurs et électrices de France Métropolitaine, des Départements et Territoires d'Outre-Mer, vous savez ce qui reste à faire : votez... Pour moi !

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